Impression, soleil couchant. Bleu spiralaire, lune orangée, foisonnement des touches. Cette toile vibre, vibrillonne, étourdit. Des bleus glaciaires
envahissent l'espace de leurs tourbillons. C'est une tempête stellaire, mais onctueuse et froide. Des oscelles jaunes encombrent cet océan, onze étoiles et la lune, si près. Et cet arbre comme
une flamme noire, une ombre végétale parcourt la toile, menaçant le village, cyprès. L'œil n'a de cesse de circuler en cet éternel retour entremêlé de l'homme et du cosmos.
Redondance. Cette vidéo (ludique) joue avec les mouvements immobiles de la toile, en anamorphose. On se laisse prendre à cette "cover" qui ne fait
qu'épaissir la mystérieuse attraction vers ce paysage intérieur, glacé et onirique.
Vous êtes curieux ? Vous voulez une idée du making of ? Mais bien sûr. Quelques photos sur Flickr.
Les enfants de Basquiat, de Blu peinturlurent les murs, les animent en les colorisant. On se balade comme ça dans un environnement
chatoyant, une sorte de revival pop art. Les petits enfants de Warhol sont des Nyan Cats. Des grands pinceaux en main, ils transforment un mur nu en décor de jeu vidéo. On détourne le regard et
rien que ça, ce simple détournement du regard, c'est une performance d'artiste.
Installation en Corée du Sud de Choi Jeong Hwa. Un immeuble tout en portes, surprenant artefact urbain, abracadabrantesque tour
naïve et sans doute vide. Lieu unique.
Les grandes villes s'organisent autour de gnomons architecturaux inutiles -une sorte de statuaire - qui, par leur étrangeté, vite banale et
assimilée, en structure sa perception imaginaire. L'histoire est ce Petit Poucet qui parsème l'espace urbain de storytelling architectural. L'art contemporain en a pris le relais qui
déstabilise le regard par ses hïatus, balafres, contrepoints et distorsions, mais qui, en contrepartie, individualise cet espace indécis et enchevêtré de l'urbanisme. L'architecture ne suffit pas
a "humaniser" une ville. Il y faut de l'accidentel, un incessant travail de mise en scène, si on peut dire, qui délivre de l'oppressante homogénéité du pur utilitaire.
Une performance "artistique" (ha bon ?) du Chinois Kai Guo Kyang à Doha. On retiendra un énorme barouf qui a dû éloigner les corbeaux à des
kilomètres et un bouquet final sous forme de nuagelets noirs très 2012, genre pré-apocalyptique. Les dits nuagelets sont gérés par ordinateur pour donner l'effet de "drops of ink splattered
across the sky."
Tiens, cela me rappelle une balade à Manhattan où l'on voyait dans le ciel bleu de NY, de faux nuages en forme de lettres squattant le ciel pour
former une pub ethérée et planante.
Et les nuages ? C'est si beau, les nuages. Dieu est un fumeur de Havanes....mais pas de pétards, non d'une pipe !
260 heures pour réaliser cette masterpiece de "dots", points. Pointilleux et pointillisme. On comprend ce travail de fourmi, mais le comptage ? Comment est-il fait
?
Un très grand nombre n'est jamais ce qu'il croit être. Se glisse toujours une erreur de comptage, une bavure, un faux. Recompter ? Mais c'est trop vertigineux.
Seule l'informatique nous a ouvert cet univers de la précision et on peut compter sur elle - cette inhumanité - pour être précise.
Nos concepts s'arrêtent aux chiffres, à quelques petits nombres. Ensuite, au-delà, même l'imagination ne se représente rien que par métaphores interposées. On ne
s'imagine pas compter un million. Nous avons donc une idée de cette représentation, comme un vertige de l'illimité ou, pour ce cas, de l'ennui.
Film néo culte (ça veut dire qu'on pense qu'il le sera) avec toute la violence rentrée de notre époque mortifère qui se
flagelle et se culpabilise à coup de dettes non remboursées. Tout en retenue - d'argent - et en agressions si fortes qu'elles sont invisibles. Ce tribute reflète bien l'esprit minimal, spartiate,
avaricieux et revêche. Régressif à tel point que ça en devient un plaisir sadique et morbide de différer la douleur dans une mise en scène léchée et cadenassée.
Un conseil, coupez cette bande son et mettez en même temps le titre, lui aussi culte, de Kavinski.
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