C'est la maman qui écrit. Il faudra dix morts pour qu'elle se réconcilie avec son fils. Kévin. Kévin c'est Eléphant. Elephant kid. Il ne va pas bien dans sa tête. Maman le sait. Papa pas. Depuis qu'il est né, il est tordu. Et il fait tous les coups tordus. C'est un névrosé de naissance. La maman arménienne est une inadaptée qui va se détacher de son fils dès la naissance. Bébé va faire mille et une conneries sans que jamais papa ne s'en rende compte et même jusqu'à crever un oeil à sa soeur cadette. Personne ne l'aime Kévin, à l'école. C'est le salaud par excellence. Il fait chier tout le monde tout le temps. Les profs, les filles, les voisins. Sa façon d'exister est la solitude et l'opposition. C'est un raccourci humain des Etats Unis : un mini Bush. Le père est portraitisé comme le bon plouc américain fier de sa nation et donc de son chieur de fils dont il ne voit que la perception des défauts. La mère est la narratrice décalée, l'immigrée. Elle a enfanté un monstre.
Il va tuer dix personnes de son collège à l'arbalète en les enfermant dans un gymnase. Précisément, les dards vont crucifier ces ados. La scène est atroce.
Et il est fier de ça, en prison. C'est un auteur, un artiste.
C'est une Busherie, oui !
A lire : c'est prenant, actuel, palpitant de bout en bout. Lucide sur la nation américaine, le monstre qu'elle ne se voit pas devenir.
Inquiétant.





La phrase, ce vaisseau dans la ma mer du texte, accrochée à sa ponctuation, une histoire, une cellule. La réduire. Fracture. D'un bord à l'autre lui faire signifier le courant de lecture, de la naissance à la mort. Et l'oubli qui s'en suit. Après le point : un autre jour, une autre majuscule naissance. Une phrase d'une lettre. M. Voilà qui est écrit. Ou pas de phrase du tout, rien qu'un texte in-ponctué, rassasié de lui même, le corps à l'état brut : insensé, insensible, illisible, au fond.


Et puis ce titre fabuleux qui dit tout.
Eric Chevillard est un styliste. Il est aux éditions de minuit. Ceci = cela. Mais le stylisme a ses bornes qui sont l'ennui qui s'insinue et s'installe. Vous êtes dans votre fauteuil à lire ce petit roman (?). Au départ, vous admirez. Ce mec est doué, c'est incontestable. Il écrit bien, un peu à l'école de Raymond Roussel. Vous avez bien aimé, et même plus, son dernier roman : Oreille rouge. Un thème et une exploitation jusqu'au boutiste. A la fin, il reste le trognon du thème et la trogne de l'Auteur. Mais là, il est descendu d'un cran, d'arrêt, l'auteur. Il laisse pisser son talent d'achille, l'auteur. Il se laisse aller au laisser aller, l'auteur. Bref, passé la première demi-heure d'extase, l'ennui s'immisce comme un bon coulis dans votre soif de nouveauté de lecteur. Chevillard prend un sujet comme une pierre brute et le façonne à la manière d'un diamantaire. Face par face. Et c'est lassant à regarder à la longue, à voir travailler, un diamentaire. On se fait vite chier.
Dire dire.