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C'est la maman qui écrit. Il faudra dix morts pour qu'elle se réconcilie avec son fils. Kévin. Kévin c'est Eléphant. Elephant kid. Il ne va pas bien dans sa tête. Maman le sait. Papa pas. Depuis qu'il est né, il est tordu. Et il fait tous les coups tordus. C'est un névrosé de naissance. La maman arménienne est une inadaptée qui va se détacher de son fils dès la naissance. Bébé va faire mille et une conneries sans que jamais papa ne s'en rende compte et même jusqu'à crever un oeil à sa soeur cadette. Personne ne l'aime Kévin, à l'école. C'est le salaud par excellence. Il fait chier tout le monde tout le temps. Les profs, les filles, les voisins. Sa façon d'exister est la solitude et l'opposition. C'est un raccourci humain des Etats Unis : un mini Bush. Le père est portraitisé comme le bon plouc américain fier de sa nation et donc de son chieur de fils dont il ne voit que la perception des défauts. La mère est la narratrice décalée, l'immigrée. Elle a enfanté un monstre.

Il va tuer dix personnes de son collège à l'arbalète en les enfermant dans un gymnase. Précisément, les dards vont crucifier ces ados. La scène est atroce.

Et il est fier de ça, en prison. C'est un auteur, un artiste.

C'est une Busherie, oui !

A lire : c'est prenant, actuel, palpitant de bout en bout. Lucide sur la nation américaine, le monstre qu'elle ne se voit pas devenir.

Inquiétant.

 

 


Mardi 27 février 2007
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La phrase, ce vaisseau dans la ma mer du texte, accrochée à sa ponctuation, une histoire, une cellule. La réduire. Fracture. D'un bord à l'autre lui faire signifier le courant de lecture, de la naissance à la mort. Et l'oubli qui s'en suit. Après le point : un autre jour, une autre majuscule naissance. Une phrase d'une lettre. M. Voilà qui est écrit. Ou pas de phrase du tout, rien qu'un texte in-ponctué, rassasié de lui même, le corps à l'état brut : insensé, insensible, illisible, au fond.

Les stylistes triturent, déchirent, stylisent. Les raconteurs évitent. Les grands écrivains sont capables des deux : en une grande stratégie d'évitement de l'ornement, ils imposent l'être du style. René Char,Marcel Proust, Christian Gailly- le dernier).

A trop triturer, on ne raconte plus rien. A trop raconter, on n'effleure plus l'abime de l'être. Il n'est qu'altérité : à ne pas oublier. Cela que l'être n'est que dans l'autre. Le sens n'est pas lové dans nos phrases, mais dans leur manque à être. Sujet/verbe/ compliment. Rien de grave. C'est du journalisme. Et encore.

Vous allez donc careser le néant en ouvrant vos phrases à l'inconnu de leurs fragilités. D'obscures clartés en sortiront. Lisez, vous serez ravis. pas trop quand même jusqu'à se perdre. C'est la route des crêtes : soi-même comme un vertige de sans arrêt se tromper dans le choix des mots, des structures, des cassures, des non-dits.

La phrase de Gailly est courte, brève, inachevée. A lire son texte : Les oubliés, on ne peut que courir de phrase en phrase, être emporté par ces dominos qui chutent sans arrêt. C'est trop vite. Les émotions n'on pas le temps de s'installer en cette succession mitraillante de flash. Ralentit-on la vitesse de lecture que nous voilà au milieu d'un désert de pierres à perte de vue et que tout sens disparaît.

Il n'y a aucun bon rythme de lecture chez Gailly. Vous en sortirez frustré et c'est sans doute ce qui compte, loin des habituelles litanies monotones de nos phraseurs séduisants. Lui, casse. Lui, fracasse la phrase. L'inachève. La syncope. C'est du jazz. Free même parce que.

Tiens, voilà que je pastiche le grand écrivain. Moi qui ne sait jouer qu'à cache cache avec le sens, ne le trouvant jamais à force de le perdre. L'oublié.

Et puis aussi : "Les oubliés", ça se retient non ?


Lundi 5 février 2007
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Léonora Miano.
Contours du jour qui vient.
 
 
Indigestement essentiel, faussement africain, lourd et pâteux, faussement philosophique. Quand on a dix-huit ans, on touche au sublime en lisant cette bouillie un peu longuette.
Faux pays, fausses scènes déroutantes, fausse écriture, faux semblant de fin. J'avoue que franchement j'ai eu du mal à digérer la grosse pâte littéraire de notre auteure africaine couronnée par les lycéens.
Cela commence par une innommable scène de torture d'une petite fille africaine, rejetée par sa mère. Insoutenable. Réaliste, peut-être, je ne dis pas le contraire. Peut-être la partie du livre la plus lisible.
Le reste sombre dans un grossâtre monologue sur toutes les misères des orphelines africaines. Et là, tout est faux. Parti pris de créer un pays et une ville imaginaires qui pourraient s'appeler Cameroun. Des personnages inexistants ont peine à nager dans ce pudding narratif qui puisse ses forces dans le misérabilisme à rallonge.
C'est une litanie de phrases contre la mère rejetée, répudiée, castratrice de vie. C'est monotone, monocorde. On en a vite marre de ce style pseudo philosophique. On est à mille lieues d'Annie Ernaux. Un peu de sobriété aurait peut-être éclairci l'affaire.
Sans parler des retrouvailles de fin qui sont d'écoeurement.

Vendredi 19 janvier 2007
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La Baïne . Eric Holder.
 
J’aime Eric Holder. Auteur trop peu connu, très stylé aux descriptions et atmosphères poétiques. J’avais adoré « Hongroise » et toute la désuétude qui en suintait.
J’ai moins aimé La baïne, mais j’ai aimé.
C’est un téléfilm de France deux, ce roman. Un cadre : le Médoc proche de l’Atlantique et de son courant sous-marin nommé la baïne. Trois personnages : un couple et l’amant. Un suicide.
Noyade.
Vous avez déjà tout compris. Chabrol n’est pas loin. L’histoire est d’un classicisme déconcertant.  Sandrine, deux enfants, trompe son mari avec Arnaud, photographe de cinéma. Point barre.
C’est un pré-texte, bien sûr pour s’essayer au drame balzacien provincial, aux descriptions amoureuses d’une région, au désarroi d’une femme de la côte et du démon de midi.
C’est bien léché. On savoure. Les descriptions. Les personnages secondaires. Les ambiances. On se laisse mener par un raconteur d’atmosphère. C’est bon.
Trop court.
J’aime Eric Hoder. J’aimerai toujours Eric Holder.
Même si ce n’est pas son plus grand roman, mais un scénar un peu descriptif.

Lundi 8 janvier 2007
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"Deviendrai-je le héros de ma propre vie, ou bien cette place sera-t-elle occupée par quelqu'un d'autre ?"

David Cppperfield.

  Comment vous donner envie de lire ce roman norvégien ? Comment vous faire comprendre les grands espaces crépusculaires du grand nord ? Les tempêtes glacées, le silence polaire, les immenses paysages de forêt ? C'est un roman de paysage et d'ambiance. Cela berce. On est content de lire en plein hiver, au chaud, sous la couette.

  Gros succès dans les pays scandinaves, ce roman se lit en un souffle tant le style est épuré, lisse comme la neige, beau comme une forêt, dense avec les loups.

  On est au nord. Les personnages à l'ouest.

  Le narrateur, 67 ans, vit seul avec sa chienne Lyra, sur les décombres de passés lointains. D'un enfant mort stupidement, d'un père résistant qui faisait passer les juifs en russie.

  On comprend le temps.

  C'est un roman sur le temps qui passe et ne passe pas. Nos choix. Quelques instants, presque rien. L'instant où tout irrévocablement bascule. C'est beau comme les clartés polaires. On avale goulument ces superbes lignes solaires et solitaires. Vous avez compris que j'ai adoré ce roman.

  Je le relirai : c'est rare !

  "Je me lève. Il est six heures un quart. Lyra quitte sa place près du poêle, se dirige vers la porte et m'attend. elle tourne la tête et me regarde, et il y a dans ses yeux une confiance que kje ne suis pas certain de mériter. Mais peut-être n'est-ce pas une question de mérite, peut-être vous fait-on confiance indépendemment de ce que vous êtes, de ce que vous avez fait, peut-être n'y a-t-il rien à mettre dans la balance"

  "Ce début (celui de David Copperfield) m'a toujours fait peur, parcequ'il laisse entendre que nous ne serons pas forcément le personnage principal de notre existence. Je ne comprenais pas comment ça pouvait être possible, une horreur pareille : une sorte de vie fantôme où je serais réduit à contempler celui qui aurait pris ma place..."


Jeudi 4 janvier 2007
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Vivement que je meure, ça va donner un sens à ma vie. Enfin, depuis le temps que j’attends. Et puis je pleure toujours à la fin des romans que j’aime, c’est inévitable, c’est ce qui leur donne un sens, un « toujours » dans le « jamais ». Et je meurs à chaque fois, ça ne rate pas. C’est ausi pour ça que je suis riche de centaines de vies et que je vais bientôt ressusciter.

Mon libraire m’avait couru après en gesticulant sur le trottoir de Deauville en criant « Hep ! hep ! Ne partez pas sans avoir pris ce livre !!! ». Mon libraire est un vrai gosse : il aime les histoires où le narrateur meurt à la fin ; Il ne sait pas que moi, je vais aussi passer à la casserole, mais bon. Moi, je préfère le style. On n’a pas les mêmes goûts et c’est tant mieux, il me fait dévier vers des livres qu’autrement je snoberais.

Cette concierge improbable quia tant de culture et qui raffole des phénoménologues, cette petite fille improbable de 12 ans qui a autant de distance qu’une femme de 50 ans sont les deux personnages, les deux voix du roman. Les deux sont atypiques. La concierge lettrée et la petite fille, de famille mondaine, qui projette de se suicider. C’est bien écrit, alerte, des fois inégal ce qui est la rançon d’écrire de belles pages. C’est improbable et divertissant, profond et banal. Un peu monotone sur certains passages. Mais bon.

Notre concierge : « A l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. » Les personnes ne se rencontrent jamais, elles ne perçoivent des autres qu’elles mêmes. Elle n’a jamais rencontré personne avant 50 ans, pas même son mari, mort d’un cancer. Elle croit.

Notre gamine qui tient ses deux journaux en vue de son suicide programmé et qui vomit sa grande sœur sorbonnarde qui écrit une thèse sur Ockham. Attachante, elle l’est par sa distance juvénile au monde, son malaise familial.

 Les deux personnages sont fortement improbables, mais l’histoire fonctionne si bien que je suis mort à la fin du roman, juste avant de le refermer d’un geste élégant, sans me piquer, sans me mettre en boule. Vivement que je sois vraiment mort !

 

Mardi 26 décembre 2006
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Mon prix Goncourt  est là. Trop petit éditeur. Auteur fidèle. Style elliptique, rustique, soigné.

Un contour historique : le second empire, Victor Hugo exilé.

Un relief géographique éponyme : la Vendée.

Deux personnages ; un châtelain excentrique et son métayer chasseur.

Quelques jeunes femmes, lointaines, seconds rôles.

Et un chien : le plus qu'impressionnant Rajah, molosse qui jouera plus qu'à son tour un rôle dans cette histoire duelle.

L'histoire de France, en retrait par rapport aux deux personnages névrosés qui vont s'affronter. Un aristocrate qui se croit "rouge" et qui veut retrouver Victor Hugo en exil pour délivrer la France de l'empire de Napoléon III. Un paysan et sa famille, habile chasseur, méfiant de son maître qui'il pressent assassin, tueur en série.

Affrontement agreste en un style jubilatoire qui étincelle à chaque tournure de phrase. On avale avidement la décoction.

C'est trop vite fini. On en aurait pris pour 100 pages de plus. Et volontiers.Le Goncourt, celui voté, aurait mérité, lui, du rasoir d'Occam.


Lundi 11 décembre 2006
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Voilà, j'ai lu ce livre en deux heures, ce soir et, comme un gros idiot, je pleure. Il m'a pris aux tripes, ce bouquin.Et puis ce titre fabuleux qui dit tout.

Un couple, Vincent et Geneviève, perd sa fille (Clara) qui disparaît à la sortie de l'école. Leur vie se délite d'un seul coup autour de cette brûlure qui ne peut se guérir.

C'est lourd sur le coeur, dur à lire, âpre. Cette maman qui tient son journal pour ne pas mourir à chaque seconde de douleur.

Le couple se casse également, Clara, leur fille, en était l'invisible ciment.

Geneviève, la maman, vit seule et écrit, décrit car elle ne pourra plus jamais vivre. Personne ne peut comprendre. Son chagrin sera sa seule vie.

Et puis elle tombe malade, seule.

Vincent la retrouve et l'accompagne à la fin de sa vie. La mort de leur fille les a grandis en les rétrécissant ; les a séparés en les rapprochant. Ce livre épuisant est inépuisable.

Et puis ces vers de Verlaine m'ont traversé de part en part :

Car je veux, maintenant qu'un être de lumière

A dans ma nuit profonde émis cette clarté

D'une amour à la fois immortelle et première

De par la grâce, le sourire et la bonté...

Enfin, le dernier paragraphe du livre me transperce également, mais je ne l'écris pas ici, il me fait trop mal.


Dimanche 3 décembre 2006
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Apprenez à reconnaître les signes qui précèdent la fin d’une liaison. Par exemple, la façon particulière qu'a une jeune fille, au septième jour d’un voyage lointain, de s’adosser à la fenêtre de la chambre d’hôtel et de sembler soudain dans un état d’excitation contenue propre à celles qui vont nous annoncer que ce voyage qu’elles ont souhaité, que ce pays où elles finirent par vous emmener tout en vous donnant l’impression qu’elles ne faisaient que vous accompagner- les excèdent à présent. Souvenez-vous des conseils des explorateurs en danger et sortez à reculons sans la quitter des yeux. Lorsque dans la nuit elle fera sa valise avec un luxe extraordinaire de précautions, ne lui dites surtout pas au revoir, puisqu’elle croit que vous dormez.
Comprenez que les raisons pour lesquelles vous tombez amoureux sont exactement les mêmes que celles qui feront un peu plus tard que vous ne le serez plus. Simplement, leur valeur sera inversée.
Frédéric Berthet
Simple journée d'été
Denoël
Quoi ? Comment ? Vous ne connaissez pas Berthet ? Je ne vous cause plus...
Ignares !

Mardi 21 novembre 2006
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Eric Chevillard est un styliste. Il est aux éditions de minuit. Ceci = cela. Mais le stylisme a ses bornes qui sont l'ennui qui s'insinue et s'installe. Vous êtes dans votre fauteuil à lire ce petit roman (?). Au départ, vous admirez. Ce mec est doué, c'est incontestable. Il écrit bien, un peu à l'école de Raymond Roussel. Vous avez bien aimé, et même plus, son dernier roman : Oreille rouge. Un thème et une exploitation jusqu'au boutiste. A la fin, il reste le trognon du thème et la trogne de l'Auteur. Mais là, il est descendu d'un cran, d'arrêt, l'auteur. Il laisse pisser son talent d'achille, l'auteur. Il se laisse aller au laisser aller, l'auteur. Bref, passé la première demi-heure d'extase, l'ennui s'immisce comme un bon coulis dans votre soif de nouveauté de lecteur. Chevillard prend un sujet comme une pierre brute et le façonne à la manière d'un diamantaire. Face par face. Et c'est lassant à regarder à la longue, à voir travailler, un diamentaire. On se fait vite chier.

Nisard est un piètre écrivain du XIX ème siècle auquel nous sommes chevillés plus de 150 pages. C'est une bête noire, un mauvais écrivassier, un notable balzacien. Ce que le XIX è siècle nous a laissé de plus lassant. Et notre Chevillard de se coltiner ce sparadrap dont il n'arrive pas à se débarrasser. Et nous non plus, du reste. Ce livre, je l'ai lu en entier dans l'espoir d'un basculement. Va-t-il finalement l'aimer ce piètre écrivain, ce bourgeoiseau terne et borné ?

Mais là non. Nizard reste Nisard. Chevillard reste Chevillard. C'est un Oreille rouge bis. La surprise est passée. Oreille rouge en Afrique, Nisard au XIXè siècle. On sent la recette et le transfert de savoir faire mal caché. Ecrire n'est pas que le  talent.

Démolir chevillard ?


Samedi 18 novembre 2006
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