Se balader au-dessuss de la ville, comme ça, doucement, rasant les toits, survolant les piétons, caressé par une brise légère qui vous propulse en
une sorte de cheminement d'Icare. A tire d'aile, léger, tel un oiseau lymphatique qui se laisse planer en regardant le monde de sa sérénité ailée. Douce ivresse bercée d'un vertige apprivoisé que
cette promenade qui sinue à portée de maisons. Musarder dans le ciel, regardant la ville en dessous, d'un mirador ondulant et ouaté, quel plaisir divin ! Tutoyer les immeubles en de
savoureux loopings sous le regard mi étonné, mi amusé des passants. L'homme-oiseau, c'est un rêve, encore. Voler !
Pour les parapentistes, il existe un endroit idéal, dans les Alpes de Haute Provence, où on peut décoller et atterrir au même endroit en ayant
fait, parmi les sommets environnants, une course de quelques heures. C'est à Sauze du Lac. On y suit du regard ces parapentes multicolores comme autant de cerfs volants grâciles qui dessinent de
délicieuse courbes dans l'air azuré des montagnes provençales.
Quand on le voit, là, au bord du vide avec sa fine tenue, on a le sentiment d'être devant un gars complétement démuni et fragile devant la tâche
impossible qu'il s'est donnée. On se dit que ce n'est pas possible, qu'il ne va tout de même pas se lancer dans le vide avec si peu de protection.
On a l'habitude de voir des vidéos de wingsuit avec des personnes sûres d'elles et qui filent à 250 km/h en rasant les sapins. Ici, c'est le
contraire, on frémit.
"Quand on me voit me lancer du bord d'une falaise, on pense que je suis parfaitement calme. C'est tout le contraire : je suis terrorisé. J'ai
simplement développé des technique pour composer avec la peur."
L'originalité de cette vidéo est qu'on ressent l'exploit que représente un tel saut dans le vide et la course folle, au ras du paysage. Et
j'imagine, la moinde faute de trajectoire doit être irratrapable.
Quant à l'atterrissage, vous allez voir, c'est "LIke a Boss" !
On n'est pas sortis de l'auberge (ni même encore entrés dedans, du reste)
La boite d'allumettes à filmer va infester YouTube (l'infeste déjà). On la pose où on veut : sur son casque, sa moto, une corne de
vache, un bec de mouette et ... vogue la galère. Après, montage, musique et tout va bien. L'exploit devient universel et partagé. On s'extasie de ce monde comme d'un immense Club Med sponsorisé
par Red Bull. Go Pro !!!
Mon ami Hub (dit "Superhub") m'a montré le Mont Blanc, comme ça, peinard, entre deux
Marsalas (vin italien), la petite boite d'allumettes électronique trônait sur la table basse. Dès qu'il sort, il l'emmène. L'hiver, il passe ses nuits savoyardes à monter ses exploits de raft, de
kayak, de courses en montagne et de pocket bike.
On les avait vus du côté d'Annecy, c'était resté confidentiel
(comme l'internet sait le faire dans le repli de ses blogs, car on parle de buzz, mais on ne retient que ceux qui percolent). On les voit ici marivaudant entre deux immeubles à Paris. Cet
accrobranche gigantesque est un étendard du vertige maîtrisé. Un sport. Un sport, en ce sens qu'il n'y a aucun risque, que c'est esthétique, que quiconque s'y projette. L'assurance est là,
l'assurance vie, l'assurance physique aussi. Un mousqueton vous relie au mince câble qui fait se tutoyer les deux sommets d'immeubles, cette canopée urbaine. Ces vues vertigineuses dessinent un
parkour celeste fait de l'extase d'être là, tel une araignée suspendue à un fil si mince. Si mince mais si solide. Ténu et infaillible. C'est vertigineux cette idée qu'on perd, par ce simple fil
d'Ariane, toute notion de vertige pour n'en garder que l'ivresse.
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