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Hommage à Francis Jammes

« J'aime l'âne si doux
Marchant le long des houx
Il prend garde aux abeilles
Et bouge ses oreilles. »

On t'enferme dans une pièce grise, ciel gris, il pleut. Tu es tout seul. J'ai toujours aimé les ânes  et on me fait lire ça pour faire un résumé comme si Google n'existait pas. On est en Corée du Nord ?
Donc, il faut que j'explique que l'âne secoue ses oreilles parce que les abeilles le font chier. Résumer une poésie, c'est pas poétique. Décor : pièce grise – qu'on prétend bleue – pleine de chaises vides et un âne. Et sans doute deux, aussi malheureux l'un que l'autre : ils ont les abeilles. Ils ont beau bouger les oreilles mais ces connes restent à le harceler.  Quelle idée d'avoir des oreilles si grandes aussi ! Alors là, comme un couillon d'âne, je reste sur ma chaise et je pense à ce qu'a voulu écrire Francis Jammes. Je macère. On m'a isolé. Ordre à personne de venir me parler. C'est que le travail est d'importance : étiqueter un poète. Que je vous explique mon sentiment. Les poètes sont la source même du langage (aussi bien les slammeurs, que les classiques), après on les suit plus ou moins pour faire courir la vie courante. Et moi, là, le cul entre deux chaises – oui, c'est très inconfortable d'être seul quand on ne l'a pas désiré – j'annône. Je tournicote les pages comme les enfants le font de leurs premiers livres, mon esprit navigue parmi tous ces bourricots colorés. Et l'heure ne tourne pas. J'ai le bourdon. M'aurait-on oublié ?  Me laisse-t-on là pour quelque pénitence ? Seul, en tête à tête avec mon âne, en apesanteur (sic). Le ciel et gris, les gouttelettes envahissent les vélux sur l'entremêlement morne des toits gris. Pourquoi marches-tu donc le long des houx ? Pourquoi es-tu si doux ? J'en pleure de cet âne. Il est si seul. Il est comme moi, marchant près des fossés d'un petit pas cassé. Il pleut de plus en plus, les gouttes collent aux vitres, les toits deviennent hostiles, lointains. J'ai la tête qui tourne, tourne. Que dois-je faire ? Pourquoi je suis ici avec un âne qui n'existe non seulement pas.  J'écris quoi ? Ben voilà messieurs dames, c'est l'histoire d'un âne. On ne m'a pas donné de droit qui semble élémentaire d'aller quérir une quelconque info sur internet, quelquefois que ça permettrait de m'échapper de cette pièce. On ne sait jamais. Ou communiquer. Communiquer ! Ben oui, ça me semble interdit dans l'état où je suis. Ma camisole mentale c'est mon âne. Et là, bouffée d'enfance, mes premières poésies remontent à la surface. Je l'avais apprise celle-là, en CP ou plutôt non, j'avais « oublié » de l'apprendre et, à l'époque, j'avais eu droit au bonnet d'âne. Lui qui pourtant est si doux, lui qui dans son étonnante absence m'a aidé à vivre deux des heures les plus inoubliables de ma vie, de celles où tout vous abandonne.

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