Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Fabuleuse affabulation.

Photobucket

Je vais peser mes mots. Pas avec une balance (vous avez dit balance?). Mais avec ma conscience. Les corbeaux, quand ils tiennent un fromage, commettent toujours la même imprudence de se faire avoir par le renard à l'affût. Affûté qu'il est, il a l'habitude de ce genre de sournoiserie nocturne. L'excès de sang le rend ivre. Mais il ne sait pas qu'on voit ses empreintes, qu'il a laissé son odeur, nauséabonde, brune. Sa trace, sa signature.
J'ai bivouaqué dans le désert blanc, en Libye ; Les fennecs rôdaient la nuit autour des tentes. Au matin, on voyait la foultitude de leurs petites empreintes dans le sable. Ils venaient chercher les restes de notre repas. Mais, quand il n'y avait rien à manger, vexés, ils rongeaient les lacets de nos chaussures de randonnée que nous retrouvions totalement émiettés, inutilisables. En une semaine, jamais nous ne vîmes aucun fennec pendant la journée. Seulement ses traces, comme mon renard. Vous savez, celui qui manipule si étrangement bien le corbeau.
Le fromage, au sens d'Esope ou de La Fontaine, est une délectation que les deux adorent. Pas pour le manger (vous voyez, vous, un renard déguster un Camembert ?) mais pour appâter. C'est – au sens lacanien – un signe,  un discours savamment découpé au scalpel fielleux de la haine froide, comme une formule magique qui endort littéralement. Appâter donc ce qui ne demande qu'à l'être. J'ai dit que je pèserai mes mots donc je n'irai pas plus loin. On est dans la stratosphère. Les mots ne pèsent donc plus rien. C'est tellement habile que vous êtes, d'avance jugé. Pré-jugé. A la louche, dont ce fameux frometon est moulé.
Du reste, notre corbeau, en haut d'un arbre perché. Cela voudrait-il dire qu'il a pignon sur rue ? Il est noir, pas beau, chante faux et se barre au moindre coup de vent. Coup de vent ? Odeur qui se trimbale. Et jusqu'où ? Vous l'avez deviné. La truffe du détrousseur de poules.
Ensuite : cascade. Repas festif. Tout le monde palabre autour d'un fromage un brin frelaté qui sent son braconnier des familles. Bref, c'est du Pagnol. L'espace de l'arène s'ouvre et c'est la corrida. Mise à mort. Facile facile. Enfantin même. Trop.  Le renard a gagné son quota de points Godwin. Il se repaît. Il a raflé la mise. La mise en scène surtout.
Le renard est affable (jeu de mots, hein...), il s'endort, ivre de son festin, enrubanné de sa gloriole familiale, rentré dans son clapier. Il a fait sa besogne, car c'est un besogneux. Un malin génie. Proportionnellement aussi con et inculte qu'il est rusé.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article