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vincentdidier

Phobie y est.

A l’infini des peurs est le non être. Car être c’est forcément, tôt ou tard, avoir peur. Et peur de quoi ? De ne pas être pardi ! Et c’est la phobophobie assurée. Si je suis arrivé jusqu’à 50 ans, c’est que la peur m’a sans cesse mis en alerte, même si le confort bourgeois de notre civilisation court-circuite les esprits animaux. D’ailleurs, dans ce texte-ci, je redoute que vous ne me compreniez pas, que la suite de ce que j’écris n’entre pas en cohérence avec le début. Ce sont de petites appréhensions habituelles qui teintent les couloirs de nos sombres métros intérieurs. Etre, c’est être peureux. Bien sûr, une foultitude de degrés vont du tressaillement épidermique d’une mouche qui se pose sur votre bras aux phobies les plus cataclysmiques. Chaque respiration est un instinct de survie : peur de l’étouffement. Chaque battement du cœur est un réveil qui suit le microscopique assoupissement. Chaque battement de cil est la micropeur de l’aveuglement. Et ainsi de suite.
Tout nom ou verbe, ou même adjectif peut être suivi du suffixe « phobie ». Amusez vous à en inventer. Blogophobie, acoustophobie (peur du bruit), aérophobie (peur des courants d’air), alektorophobie (peur du poulet), basophobie (peur de marcher), apopathodiaphulatophobie (peur d’être constipé), sarkophobie, ségophobie….et j’en passe…
Les grosses frayeurs d’enfant qui persistent en vous et vous traversent de part en part en traçant ces lignes invisibles que vous seuls ne voyez pas, comme des couloirs labyrinthiques tracés au sol et que vous suivez alors que vous pourriez aller tout droit. Parce qu’une grande peur persiste, reste insurmontable, se forme à l’âge où votre cerveau n’a pas encore de raison, avant trois ans et reste au centre, inattaquable. Aucun raisonnement ne peut l’apaiser vu qu’elle était là bien avant, cette peur. C’était génétiquement elle la première. Et c’est ontologiquement toujours elle la première dans toutes vos décisions. La raison, le comportement la cachent plus ou moins habilement. Mais c’est comme le moteur.
Les phobies viennent de là, du refoulement de chaque instant de ce monstre. C’est une lutte. Là où vous voyez une araignée, du vide, une place noire de monde, un serpent, une cave sombre, votre inconscient (ce qui échappe totalement à tout raisonnement) jubile d’avoir enfin identifié une peur qui le constitue. Il se trompe de cible. Mais, ce faisant, vous vivez théâtralement cette abyssale fissure qui vous a fait naître, vous opposant aux autres, à votre maman, au bouillonnement chaud de l’avant naissance. Toute votre vie se mesure à cette distance brechtienne.
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