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vincentdidier

Lettre N°24.

Il faudrait que j’arrive à dire que je ne t’ai jamais aimée. Pas simple cette affaire : évider le passé. Que tout soit à refaire en ne retorsadant pas les fils de la même manière afin que chaque instant ne me cloue pas, comme en ce moment, à tes remarques acerbes et répétées. Parce que le système d’orages actuels m’use et me fatigue, plus que ne me réchauffent les maigres plages de ciel bleu qui pointent entre chaque déluge.
Je voudrais de la distance, pouvoir dire que je me moque de toi et de ta petite vie, de tes propos acrimonieux et venimeux, de tes regards de fauve assoiffé et belliqueux qui accompagnent tes propos assassins. Du calme, celui du lointain et des lacs brumeux de l’indifférence. Un endroit froid et solaire, à l’abri de tes turbulences.
Mais je rêve. La passion est plus forte que l’amour. L’inertie me propulse contre toi, comme un caillou dans le creux de la fronde. La gravité de la vitesse m’enivre et la raison me perd : d’où la puissance néfaste de tes remarques. Tu me reproches de t’aimer ; et c’est nouveau. A répétition, tu me jettes le bois vert des phrases lapidaires et qui me brisent, tu le sais. Parfois tu t’excuses afin, deux jours après de mieux rebondir avec de nouvelles phrases blessantes.
« Je ne t’ai jamais aimée. »
« Je ne t’aime plus. »
Quelle formule pourrait le plus efficacement me délivrer de ton emprise, donc de ton entreprise de démolition ? Ce ne sont que deux phrases. Deux leurres. C’est souffrance dans les deux cas.
Ne plus respirer. Arrêter de vivre. Revivre. Forclore cette monoculture de toi. Mais par quel moyen qui ne laisse pas de traces et qui soit efficace à court terme ? Plus je remue ces idées, plus l’eau devient boueuse et moins je réagis. C’est folie, c’est déraisonnable, malsain. Mal être. Je ne te vois plus que par intermittence ? Je suis attaché à quoi ? A qui ? A un souvenir. Ce serait cela se faire des idées ?
Je ne retranscris pas nos dialogues ; mes pseudo-monologues, devrais-je dire : ils sont trop tordus. Je passe mon temps à m’excuser en larmoyant. Je suis pitoyable. Les années vont user la corde, mais en attendant, mes jours sont ténébreux. Je suis comme un jouet entre tes humeurs, un bateau entre tes récifs, une incertitude paralysée, un chapelet de doutes…
Pourquoi une passion dure-t-elle-même quand l’être aimé est complètement métamorphosé, indifférent, devenu autre. Pourquoi la flèche continue-t-elle à avancer quand elle a raté sa cible. Elle va bien finir par ralentir sa course ou par se planter ailleurs.
C’est long.
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