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vincentdidier

Last.

Je vis en terre inconnue : mes frontières je ne les connais pas, mes limites, jamais vues. Je vous parle de moi-même : cet étrange propriétaire d’un territoire dont il ne connaît presque rien. Autant dire par exemple que la mer m’appartient dans son étendue et ses profondeurs. Autant dire que cet univers, c’est moi. C’est ridicule. Je suis ridicule.
Mes murs sont flous, mobiles, mouvants. Le panel complet de mes sentiments m’est étranger. Je me laisse guider en aveugle dans ma propre maison, jamais cartographiée, jamais rangée de la même façon du reste. Mes costumes ne sont jamais les mêmes, avec une propension à être mal taillés , le sur mesure ne m’allant jamais, changeant sans cesse de taille. J’ai un masque, deux masques, trois, mille….c’est une gigantesque collection mal rangée, un fouillis d’attitudes.
 Et pourtant, quand vous me rencontrez, ou me lisez, vous percevez une unité, vous. Vous êtes bien les seuls. Veinards. Parce que moi, ou du moins celui qui prétend l’être à l’instant où ces lignes sont écrites, je suis, tiens, pour vous donner un exemple frais, déjà bien ailleurs et différent qu’au début de ce texte. Je me suis perdu, et en moi-même comme en une immense forêt sans repères. Je vois bien des rémanences : des arbres. Oui. Je vois bien cela. Des endroits plus touffus ou clairsemés que d’autres. Oui. Je croise d’autres perditions, peut-être vous, sans doute même.
Remarquez qu’un champ clos serait vite suicidaire. Ce qui me maintient en vie, peut-être est-ce la méconnaissance fondamentale que j’ai de moi-même. Et je veux savoir, savoir tout. Mais n’ayant aucun repère, aucune boussole, je tourne sûrement en rond, tout en ayant l’impression de m’enrichir, de mûrir. Je me leurre. C’est le vieillissement. Le bout de ma vie n’éclairera jamais le début. Je suis un étranger historique. Mon enfance est un autre continent que je m’approprie indument. Par négligence.
Donc mon être est d’une vastitude vertigineuse. Un Grand Canyon ou un désert plat, comme vous voulez. Ma vie fut pluie, canicules, assombrissements, éclaircies, cassures. En tout cas trop grande pour moi. Un sacré labyrinthe aux murs invisibles, sans entrée ni sortie. Un terrain vague, une fuite insensée, à savoir sans aucune direction définie. Et je cours, haletant, de plus en plus obnubilé par l’absence de centre ville, d’aire de repos, de certitude dogmatique. Je ne vois pas les autres, eux m’ignorent. On se fait des appels de phares dans le brouillard de notre nuit pour ne pas se percuter, c’est tout.
Changez votre regard.
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