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Les chef d'oeuvre florissants de nos méconnaissances, les pertes fracassantes de nos connaissances. Chaque génération ignore l'autre comme les faces d'un dé qui tournerait sans cesse. Ma mère côtoie de plus en plus d'enterrements, elle caresse ses 70 ans. A 50 ans, je n'y vais pas trop ou alors c'est un drame. A 30 ans, je les snobais : on ne connaît encore personne à cet âge là, je veux dire, un vieil ami, un compagnon de longue route. A 20 ans, c'était pour moi une cérémonie symbolique qui ne montrait rien qu'elle même : le spleen baudelairien d'un être absent. Dans l'enfance, les enterrements ne touchent pas notre conscience, mais sans doute notre être. Les gens que je perds sont de plus en plus nombreux. Je ne suis pas triste, non. On se passe des autres. Nous sommes sur un fleuve, prisonniers de notre avancée, on le sait sans le comprendre. Je n'irai pas à ton enterrement parce que tu ne te rendras pas au mien. Nous sommes dans un train qui n'avance pas, c'est l'autre qui part. C'est l'autre qui part ! Nous aurions dû sans doute nous asseoir du bon côté, plutôt que redouter le fait que nous ne vous oublierons jamais. Regarder en pleurs le paysage défiler encore et encore dans son outrancière familiarité d'arbres et de maisons vides à peines entr'aperçus. Tout être humain est une oeuvre, mais inachevée. Personne ne connait notre vie. Nos aïeux sont morts trop tôt, nos enfants n'ont pas connu notre jeunesse, nos connaissances sont incertaines de ce que l'on est. Du reste on ne peut s'accorder qu'avec des personnes dont on ignore la quasi-totalité de la vie. Nos faces, nos faces de dés : nous sommes,avons été et serons tour à tour toutes les générations. Nous vivons les morts environnantes de mille façons différentes. Elles nous fasçonnent, nous fascinant. Les faces du dé. Les faces du dé.
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