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vincentdidier

Les oubliés. Christian Gailly.

La phrase, ce vaisseau dans la ma mer du texte, accrochée à sa ponctuation, une histoire, une cellule. La réduire. Fracture. D'un bord à l'autre lui faire signifier le courant de lecture, de la naissance à la mort. Et l'oubli qui s'en suit. Après le point : un autre jour, une autre majuscule naissance. Une phrase d'une lettre. M. Voilà qui est écrit. Ou pas de phrase du tout, rien qu'un texte in-ponctué, rassasié de lui même, le corps à l'état brut : insensé, insensible, illisible, au fond.

Les stylistes triturent, déchirent, stylisent. Les raconteurs évitent. Les grands écrivains sont capables des deux : en une grande stratégie d'évitement de l'ornement, ils imposent l'être du style. René Char,Marcel Proust, Christian Gailly- le dernier).

A trop triturer, on ne raconte plus rien. A trop raconter, on n'effleure plus l'abime de l'être. Il n'est qu'altérité : à ne pas oublier. Cela que l'être n'est que dans l'autre. Le sens n'est pas lové dans nos phrases, mais dans leur manque à être. Sujet/verbe/ compliment. Rien de grave. C'est du journalisme. Et encore.

Vous allez donc careser le néant en ouvrant vos phrases à l'inconnu de leurs fragilités. D'obscures clartés en sortiront. Lisez, vous serez ravis. pas trop quand même jusqu'à se perdre. C'est la route des crêtes : soi-même comme un vertige de sans arrêt se tromper dans le choix des mots, des structures, des cassures, des non-dits.

La phrase de Gailly est courte, brève, inachevée. A lire son texte : Les oubliés, on ne peut que courir de phrase en phrase, être emporté par ces dominos qui chutent sans arrêt. C'est trop vite. Les émotions n'on pas le temps de s'installer en cette succession mitraillante de flash. Ralentit-on la vitesse de lecture que nous voilà au milieu d'un désert de pierres à perte de vue et que tout sens disparaît.

Il n'y a aucun bon rythme de lecture chez Gailly. Vous en sortirez frustré et c'est sans doute ce qui compte, loin des habituelles litanies monotones de nos phraseurs séduisants. Lui, casse. Lui, fracasse la phrase. L'inachève. La syncope. C'est du jazz. Free même parce que.

Tiens, voilà que je pastiche le grand écrivain. Moi qui ne sait jouer qu'à cache cache avec le sens, ne le trouvant jamais à force de le perdre. L'oublié.

Et puis aussi : "Les oubliés", ça se retient non ?

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