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Pour meubler.

Je suis devant mon clavier, je le regarde, l'air plutôt idiot. C'est le matin. Quel étrange tiroir de mon être vais-je ouvrir aujourd'hui ? Quelles étranges facéties vont se constituer en phrases, puis en texte, puis en lecture, puis en interprétation et enfin en jugement : de moi à toi, puis de toi à moi. Quel étrange jugement vas-tu porter sur ces mots matinaux, cette prière de ne pas insérer ? Pose toi aussi la question. Je viens d'écrire trois fois le mot "étrange" ( ça fait quatre). C'est donc aujourd'hui un tiroir que je n'ai pas l'habitude d'ouvrir, si on peut comparer mon être à une sorte de meuble, de buffet. C 'est peut-être un tiroir secret et qui ne contient sans doute rien.

Des fois, on s'échine à ouvrir un tiroir récalcitrant pour n'y découvrir que d'inertes vieilleries issues d'une vie antérieure. On ne se remémore même plus le contenu, la mémoire défaille, faillit.

D'autres, c'est trop facile à ouvrir : un étang poissonneux à souvenirs bien odorants, bien frétillants.

D'autres restent énigmatiquement irrémédiablement fermés. On se demande ce qu'ils peuvent bien contenir. Prendre un pied de biche risquerait d'abimer, de détruire l'intérieur, comme une pellicule photo au contact du jour. Tiroir noir, tel une boite noire.

Donc, ce matin, est-ce que je viens d'en ouvrir un ? Je ne sais pas.

Je me regarde dans le miroir : je vieillis, me patine, m'accomode mal de cette commode mal rangée que je suis. De tout ce foutu foutoir qui traîne partout, ce désordre du temps, cette cacophonie d'êtres épars que mes années passées sont devenus.

Et puis, j'ai perdu plein de clés. Et puis j'ai perdu l'envie même de dénicher des trésors cachés.

Dans certains tiroirs, ce n'est pas les objets passés qui sont devenus insignifiants. C'est moi.

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