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vincentdidier

Spécial

Tous les matins, en ce moment, au petit-déjeuner, mon bol de corn flakes à la main, je fais un tour en Porsche. Allez vous-mêmes sur ce lien, pour voir. Pas une petite 4 cylindres anémique de grand-père, non, une bonne grosse 6 cylindres de 544 chevaux. Je monte à l'arrière, tout tassé. Pilote et copilote à l'avant, sanglés dans leur 6 points, casqués, gantés, microtés, prêts à domestiquer la bête féroce de une tonne.
C'est une spéciale de rallye. Je la connais par coeur, maintenant. Je l'ai bien déjà parcourue plus de 20 fois et toujours avec autant de trouille. Dans les lignes droites que le fauve aborde à plus de 200km/h, j'ai beau savoir que c'est filmé, j'ai toujours aussi peur qu'un animal traverse, ou un spectateur imprudent. Dans chaque virage, je manque de renverser mon bol de céréales. Contre-braquage en accélération et la trajectoire redevient rectiligne.
Quelques spectateurs nous font signe en rangeant leurs petons, le pilote, bonasse, leur répond « coucou » de sa deux-chevaux surgonflée, comme si c'était une balade en voiture à pédales. Les vaches en perdent leurs cornes.
Et puis le bruit. Pas besoin de bande son. Le grondement surpuissant du moteur Porsche se suffit à lui-même. Mes oreilles vibrent à chaque coup d'accélérateur, mon coeur palpite au rauques assauts sonores de la bête.
Scotché sur mon mini-siège au départ : le 0 à 100 km/h en moins de 5 secondes, j'encaisse des G avec quelques céréales en prime sur les genoux. Pourvu que personne ne me téléphone pendant la spéciale, ce serait la sortie de route avec tous les corn flakes répandus sur mon plancher.
Je suis concentré. L'impression première est que c'est aussi facile à piloter qu'un char russe. Pensez : un mastodonte d'une tonne sur des chemins à peine aussi larges que lui. On frotte de partout, le monstre gémit comme une embarcation en bois, les ailes frôlent les clôtures, l'absence de suspension fait vibrer l'ensemble du vaisseau, ça bondit, dérive, saute, hoquète, s'emballe, déjoue les ruses de la route.
On est quand même rassuré de sentir un pilotage aguerri qui flaire les difficultés. Car, à cette vitesse-là, et avec une telle voiture, il faut la finesse d'une dentellière pour sentir en même temps et la voiture et la route.
Passé la partie bitumée, nous voici dans des chemins terreux et humide où je me dis qu'il va lever le pied. Que nenni. Il se fait un vilain plaisir, le furieux pilote à aller encore plus rapidement. Je ferme les yeux, toujours au mêmes endroits, en pensant qu?on va se viander dans un champ, je serre les fesses, arrête de mâcher mes corns. Le chrono va être bon, encore une fois.
Petit partie bitumée. Fin de la spéciale. Je prends une tasse de café. Merci messieurs. Je m'extirpe de la chose, toute petit en fait, plus petite qu?une Mégane ou une 206, chancelle un peu : je n'ai plus de jambes.
On se la refait ???
 
 
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