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vincentdidier

cerveau lent

Le cerveau est pur espace. C'est 3D. Une connectique complexe de neurones, partes extra partes. Les connections se déroulent temporellement. Une pensée, par exemple, n'est pas un neurone, mais une structure spatiale qui s'organise en une certaine durée. De même sans doute un mot. Et encore, à y regarder votre gélatine cérébrale au microscope, vous n'y verriez aucun mot, aucune image, aucune idée, mais un éparpillement neuronal.
Le cerveau « fonctionne » sans cesse. Des milliards d'échanges y ont lieu à chaque seconde. Et il n'y a nulle part où un observateur éventuel pourrait dire : c'est « je ». Le cerveau n'a pas de centre. Un pur cerveau n'aurait sans doute aucune personnalité.
Quand on dit « Je pense », la réciprocité des deux termes est hasardeuse. « Je » ne suis nulle part, ou alors disséminé dans l'espace, je suis extérieur à moi-même, je me perds ; « pense » n'est nulle part que l'abstraite résultante d'un fourmillement neuronal.
Je ne pense donc pas.
La pensée, bien plutôt me constitue en « je ».
Je n'existe nulle part que dans l?idée que je me crée. Le cerveau, boite vide de sens, boîtier électrique totalement abstrait, enchevêtrement électrico-biologique, est hétérogène à mon individu.
N'aurais-je plus de cerveau que je ne serais plus moi-même, certes. Mais mon cerveau complètement interchangeable à la manière d'un ordinateur n'est guère plus le siège de mon identité. Je serais ailleurs que dans la géographie de ma boite crânienne.
Mon être est pure temporalité. Je ne suis qu'une histoire. D'abord goutte microscopique dans oeuf microscopique. Deux centres. Confusion. Naissance. Lancer de javelot, viser haut pour aller le plus loin. Jeunesse vers les étoiles donc, puis vieillissement.
Mon être est pluriel et hétérogène dans le temps. Chaque instant me différencie. Je suis tour à tour nul et génial, improductif et créateur, mobile et immobile, concentré et hors de moi.
Mon cerveau a une histoire. Il est comme un grand océan ou tiens, comme le climat de la terre. Le vieillissement comme un lent réchauffement global, ou plutôt un tiédissement fadasse des certitudes qui tiennent lieu de connections. Habitudes. Non être.
Je n'existe que dans mon cerveau qui n'existe pas en tant que moi.
 
 
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