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vincentdidier

Le porc épique

Vivement que je meure, ça va donner un sens à ma vie. Enfin, depuis le temps que j’attends. Et puis je pleure toujours à la fin des romans que j’aime, c’est inévitable, c’est ce qui leur donne un sens, un « toujours » dans le « jamais ». Et je meurs à chaque fois, ça ne rate pas. C’est ausi pour ça que je suis riche de centaines de vies et que je vais bientôt ressusciter.

Mon libraire m’avait couru après en gesticulant sur le trottoir de Deauville en criant « Hep ! hep ! Ne partez pas sans avoir pris ce livre !!! ». Mon libraire est un vrai gosse : il aime les histoires où le narrateur meurt à la fin ; Il ne sait pas que moi, je vais aussi passer à la casserole, mais bon. Moi, je préfère le style. On n’a pas les mêmes goûts et c’est tant mieux, il me fait dévier vers des livres qu’autrement je snoberais.

Cette concierge improbable quia tant de culture et qui raffole des phénoménologues, cette petite fille improbable de 12 ans qui a autant de distance qu’une femme de 50 ans sont les deux personnages, les deux voix du roman. Les deux sont atypiques. La concierge lettrée et la petite fille, de famille mondaine, qui projette de se suicider. C’est bien écrit, alerte, des fois inégal ce qui est la rançon d’écrire de belles pages. C’est improbable et divertissant, profond et banal. Un peu monotone sur certains passages. Mais bon.

Notre concierge : « A l’extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j’ai l’intuition qu’à l’intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes. » Les personnes ne se rencontrent jamais, elles ne perçoivent des autres qu’elles mêmes. Elle n’a jamais rencontré personne avant 50 ans, pas même son mari, mort d’un cancer. Elle croit.

Notre gamine qui tient ses deux journaux en vue de son suicide programmé et qui vomit sa grande sœur sorbonnarde qui écrit une thèse sur Ockham. Attachante, elle l’est par sa distance juvénile au monde, son malaise familial.

 Les deux personnages sont fortement improbables, mais l’histoire fonctionne si bien que je suis mort à la fin du roman, juste avant de le refermer d’un geste élégant, sans me piquer, sans me mettre en boule. Vivement que je sois vraiment mort !

 
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