Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

Que dalle !

Une pièce vide, le ciel qui défile comme un incessant paysage, de loin en loin, des trouées claires ou de temps à autre de parcimonieuses gouttelettes essaiment les vitres sans rideaux, je tisse en silence les phrases de ma conscience. Elle varie comme les nuages : tour à tour rêveuse et réflexive, lointaine et calculante. Les heures s’ensuivent de cette inaction, elles périssent mollement vers le soir. Je me lève sans doute, fais le tour de l’appartement, dévisageant certaines couvertures de livres, ignorant du monde. De ces moments précieux de paresse naît un sens de l’ennui, de l’absurdité des choses, de l’avachissement des idées, du décalage entre moi actif et moi inactif. Ne lisant pas, n’écoutant ou ne regardant rien, mes pensées s’égarent en flottant sur mes inconsciences. Je ne cherche aucun autre résultat que d’être là.
Le plancher grince sous mes pas, le frigo ronchonne par instants, la moindre mouche devient un entité à part entière, les pas de l’appartement du dessous racontent ma voisine, un avion passe derrière un arbre. Tout ce que ressens est décousu, informe. L’extérieur se mêle de l’intérieur, les bruits et les variations de couleurs distillent mes sujets de pensée. Les divertissements minuscules valent bien tous les moment où l’on se perd. La culture, comme l’action sont une perte de soi. D’ailleurs le mot « se divertir » exprime la diversion, sans doute le mépris de soi.
Une petite averse soudaine grésille. Je me lève, vais à la fenêtre : ce sempiternel paysage de bord de mer sans cesse fluctue, c’est un ravissement (pas une diversion). Je me rassois à écouter le martèlement doux sur les carreaux. L’intelligence est de ne pas s’ennuyer de soi-même, de retarder l’action, de ralentir le passage des gouttes du temps. D’aimer la pluie.
Ces moments sont les miens, je ne les partage pas, je suis trop jaloux de ce que j’aime. Ne rien chercher à entreposer, aucun savoir, aucune action utile, aucune méditation sensée.
 Rien.
Le ciel bleu revient subitement accroché encore par quelques grosses gouttes rageuses venues d’on ne sait où. Je retourne à la fenêtre, aux fenêtres, devrais-je dire. Je constate ma ville toute ratatinée sous ses parapluies qui peu à peu s’ébrouent pour disparaître. J’ouvre la fenêtre, me lasse de ce paysage et retourne à ma salutaire inaction. De celle là , on ne se lasse pas.
Ah ! la paresse ! Ma plus grande qualité, je crois !
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article