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vincentdidier

lettre n°17

Lettre n°17.
 
Comment dire ? Comment dire la magie ? Comment faire partager ces instants uniques et rares que tu m’as donnés, touches fines de couleur dans un monde noir, blanc, gris. Et ce sentiment en même temps de jouissance infinie et en même temps de fuite inexorable. La magie est toute là : ne pas pouvoir s’approprier la beauté de l’instant, son unicité. Impossible à dupliquer. Notre technologie s’y épuisera à jamais. On n’aime un être que par ces moments là et l’incessant ressassement de son souvenir. Je dis ce moment. La goutte de magie, c’est réellement une seconde, pas plus. Rien. Explosion qui va irradier votre existence des décennies, la mienne en tout cas. On cherche à reproduire cet instant, rien n’y fera. Je ne dirai pas aux autres, je ne vais pas dire, je garde. Je ne te dirai même pas à toi car tu sais. C’est une bulle qui a éclaté à la surface d’une mare ; c’est un petit nuage au milieu de l’infini ciel bleu ; c’est l’être dans le néant des êtres. L’éruption irrationnelle de cet état de transe n’est plus là, mais sous-jacent, diffus. Je ne perdrai plus jamais ce moment là.
Mon texte ne peut se libérer ici, dommage. Vous ne me connaissez pas bien. Personne ne me connaît. Vous me jugez à votre aune et à ce que vous pensez que les autres me jugeront. Ces lettres ne sont pas vraiment intimes, même si je prends un risque à les écrire.
Je ne te les écris pas ici. Je ne les écris pas pour toi, lecteur, on peut bien se tutoyer, depuis le temps. Et c’est sans doute là que l’on n’a plus rien à se dire. D’innovant.
La magie ne peut être en potion. Elle surgit d’un improbable endroit et pourtant, vous n’êtes pas plus surpris que ça de son surgissement. Et de plus, elle n’enterre rien de ces autres moments de votre vie. Elle est au sommet. Là. Immobile. Le reste est lointain, au-dessous.
Ne pas commettre l’erreur de recréer cet instant. C’est notre humaine tragédie. Combien de fois j’ai pleuré, après ? Resté pantelant, perdu au milieu de mon désert, immobile à regarder les nuages défiler dans le ciel, hagard, désappointé, seul de chez seul. Au chômage de ma magie.
Tu m’as donné ces instants, brefs, incisifs, insaisissables. Une profonde liqueur diffusée instantanément dans tout mon être. Je n’avais jamais, jamais connu une telle irradiation. Je m’en suis remis difficilement, je m’en remets à peine. Je m’en remets à toi, la seule personne à pouvoir tirer l’épée du rocher. Et je sais que maintenant, rien ne peut être meilleur, plus fort, même s’il y a un Dieu. Il n’est pas de taille, le pauvre. Il ne peut pas lutter.
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