Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

Le cimetière des éléphants.

Nos sociétés se sont développées autour d’un être unique, pointe de la pyramide : roi, empereur, chef, président, dictateur. Notre schéma mental reproduit du proche au lointain celui de la famille, puis du clan ou de la tribu, puis du quartier ou du village, de la région, du pays, du continent. C’est un encastrement gigogne, fractal. Père, mère, chef de meute ou de bande, patron, patriarche, élu, il faut une conscience unique et ultime à notre fonctionnement social. Nous raillons le système de castes indien : nous ne nous voyons pas.
Voyez l’ébullition actuelle, dans notre pays entre une jeune mère, un père fouettard, un grand père fasciste, des oncles et tantes bien sous tous rapports et des cousins lointains plus ou moins givrés. Notre ruche bourdonne, mal à l’aise devant un virage qu’elle suppose historique et qui ne le sera heureusement pas.
Notre pays refuse l’anonymat européen dans lequel il ne se reconnaît pas et sacralise une fonction obsolète, ou qui devrait l’être, de porte étendard. Il se cherche une maman, une femme assez forte pour écraser des éléphants, puis des hyènes et des loups. Nous nous révélons de grands adorateurs de l’incarnation divine du sens de l’histoire, plutôt que de raisonner.
Platon avait raison, mais tous l’ont oublié. La structure familiale inconsciente n’a rien à voir avec la chose publique. Mais Hegel avait raison aussi : le sens de l’histoire s’incarne dans des personnes malgré elles.
Nous avons tourné le dos à mai 68 depuis quelques temps qui paraissent de régression. Nous voulons une icône plutôt qu’une organisation, en l’occurrence bien familiale : papa ou maman, les deux bien campés dans leur rôle éducatif.
Notre nation va donc accoucher dans la douleur d’un parent : c’est paradoxal. L’accouchement précédent s’était accompli dans la douleur d’une, et c’est le cas de le dire, César-ienne, le corps social meurtri, plus crispé et fébrile de ce souvenir latent, s’apprête à affronter la redoutable tempête historiale.
La personne qui va incarner le pays n’existe pas. Elle est toujours là par défaut. On la voudrait sans. Le rougeoiement actuel me fait un peu peur, plus que le choix final d’un papa ou d’une maman pour garder l’enfant. Le nombre de prétendants y est pour quelque chose, aussi. C’est un palimpseste discursif de recettes de bonnes femmes.
Tant pis, je voterai pour ma maman, celle qui piétine si doucereusement les pachydermiques mandarins socialistes. On vote pour des personnes, on veut une personne.
La messe est dite.
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article