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vincentdidier

paradis

On croit toucher du doigt le paradis

On en sort abîmé, on en sort sali...

Méfiez-vous des honneurs de ce monde-ci.

Pour ce qu'il y a à voir ici, dans ma vallée reculée aux nuages écorchés sur des cîmes immenses à perte de vue. Pour ce que j'aurais à vous dire de si urgent que vous ne pourriez respirer en vous en passant. Vos fleuves imbéciles y suffisent grandement, que n'avez vous besoin de mes incapacités à être, pour vivre. Que cherchez vous ici qui êtes monté si haut et si loin en plein brouillard froid sinon quelque raison de frémir de votre incertitude immédiate. J'habite là et je ne sais rien. Vous en savez mille fois plus que moi, gens de la ville. N'aurais-je rien à vous apprendre que votre mépris.

Toute pensée est solitaire et vit en alpage, loin. En face, d'autre cîmes semblent vous regarder quand le ciel s'y prête entre des moussons de nuages. J'y habite. Je suis plus familier de la montagne d'en face, celle que je vois que de celle où j'habite, celle d'où je suis. je n'ai rien à vous dire d'urgent. Je vis là haut, accroché aux franges de l'être. Vos foisonnements culturels ne me disent rien. Que puis-je vous apporter, moi qui suis si vide. je rêve, mais de rien. De mon paysage natal : fleurs rayonnantes des versants, ruisseaux frétillants assallis de moutons, bruits incertains d'abeilles, pensées rocailleuses enrobées de mes saisons.

Je vous offre une vie. C'est volontiers. je vous la donne, sans cotrepartie. Mon pays est beau et un peu oublié. Mes pensées, je vous les donne auréolées de mes milliards de milliards d'incertitudes. Je vous l'ai dit, j'en sais beaucoup de moins que vous. L'amnésie du savoir est mon pays. Mais je n'oublie jamais les êtres, ce qui fait de moi un écervelé, ce que vous pensez un idiot.

Vous me lisez pourtant, vous avez du courage ou vous n'aimez rien peut-être. Je dépose ces lignes sur une planète lointaine, sonde spatiale. Les soirs d'été de distance brumeuse , au son de clarines lointaines, je ressens que je ne suis de nulle part et que je ne viens de nulle part. Pas de pensée. Minéralité des états d'âme.

Qu'avez-vous à dire qui ne soit que plomberie, enseignement ou dieux. Rien. Alors je suis ce rien. ce moment ou rien ne se passe dans votre vie. Un train qui ne s'arrête jamais car il n'y a pas de gare. un groupement d'atomes totalement aléatoire. Pris sur des sommets au-dessus des sources, infécond. Que feriez vous de mon enseignement, de ce livre blanc que je vous tends, ces félures fanées de cieux oubliés. Je n'aime vraiment que ce qui n'est plus. Ce que je vois est toujours si lointain. Ma souffrance ne vous servirait à rien : je ne suis pas un sauveur.

pourquoi êtes-vous encore là, à ma porte. Vous êtes mal, aussi ? Vous êtes assis en haut d'une montagne aussi à regarder au loin les brumeuses vallées ? pourquoi ne me fuyez vous pas, vous aussi ?

Des fois je me regarde au fond d'un lac d'altitude entre les alevins qui frétillent et le froid qui me trouble. je ne cherche qu'un sens à ce que je crois être mon histoire. Ego. Pourquoi en être arrivé là pour que cela soit ainsi...la plus grande gloire de rien. Nihilisme repu et qui dort si bien de ne plus rien voir.

Vous avez raison je délire, je déconne. Vous avez raison. C'est un recoin obscur. D'autres le connaissent. Et j'y suis le seul, à l'instant.  L'insensé est source de toute raison. Voilà que je déraisonne : l'altitude, la boisson, le manque de soin à vivre. Vous avez raison, je suis fêlé un peu : pas normal. L'idiot de fond de vallée. le crétin des Alpes. Demeuré. Mais je vois mon vide, est-ce un avantage ? C'est à jamais un mal de vivre. Je serai toujours à admirer mes cîmes passées, ces êtres morts qui me tiennent vivant, l'au-delà des sources.

Et vous dodelinant de la tête pour mille raisons, souriant béatement à mes errements, allez vous faire soigner les dents ou faire un tour à l'épicerie. Dans un instant de la nécessaire urgence de votre vie, vous m'aurez oublié. Mais revenez me voir quand même, de temps en temps : je n'aurai rien à vous dire, comme toujours, mais c'est essentiel, c'est pour cela que nous sommes humains, après tout, au-delà de toutes nos imbecillités animales...

A bientôt.

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DV 02/12/2006 10:22

Leigh Nash c'est marqué juste dessous; Tu vas sur Daily motion. Par contre le clip n'est pas encore sorti. Tu trouveras d'autres clips de cette chanteuse.
Bon WE

B.Voillard 02/12/2006 09:40

DV, comment elle s'appelle la musique de fond de votre blog ?Je la trouve super bien !