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vincentdidier

exoblogoscripation protoexpecatculaire

Peut-être conviendra-t-il de dire, tout d'abord, et sans vouloir offenser vos claires connaissances que c'est, en fin de compte, Michel Foucault qui a peint les Ménines. L'écrivain n'était pas en retrait, même légèrement (lightness) du propos. Je l'ai longtemps négligé, lu comme un objet kitsch, méprisé comme un brillant sophiste, admiré comme un usurpateur de classicisme.Un con. Pas un vrai philosophe. Pas un philosophe du tout même.

Et certes, il ne l'a jamais été. Mais il a ouvert un interstice de réflexion, mouche ventrue sur le cadavre de la philosophie.(Je vais encore me prendre une belle volée de commnents outragés)

Le peintre, Vélasquez, a dépeint son tableau.C'est un tâcheron à la solde du roi d'Espagne. Foucault s'est trompé mais a ouvert l'espace de notre modernité (modernisme) que l'on pense vulgairement high-tech. Il s'est trompé ne voyant qu'un espace de je alors qu'il y fallait, avec autant de diplomatie qu'on puisse, l'autre, celui qui ne joue pas : l'infanticide couple.

Il est resté superficiel comme tous les gens surtalentueux. Il a inauguré l'époque en la fermant. Ce n'est pas pour un miroitement niais que les universitaires américains ne cessent de commenter cette oeuvre. Foucault, c'est Duchamp : des chiottards. C'est un mauvais historien, un philosophe presque inculte, une de mes grandes admirations adolescentes. Mais je dis : ouvrant, il la ferme. Personne pour suivre, dépasser. Ce fut le dernier et sans doute le précurseur des déconstruction de Derrida.

Foucault est un poète. Vélasquez revient de loin avec ce palimpseste de tableau.On ne rit pas. La pensée ne peut naître que de successives erreurs. Tout le monde s'est trompé et c'est heureux. Aucun penseur ne peut fermer notre horizon. Et c'est en se trompant comme un vulgaire fainéant qui se faisait prendre pour un tâtillon de l'archive, ainsi que les fourberies lacaniennes contemporaines ou les errements deleuziens, mouche du coche, autour du continent proustien encore en friche aux dernières nouvelles, que nous, post modernes errants sur les caillebotis desséches du "plus rien à penser de nouveau" nous nous démenons.

Il va falloir se mettre en retrait de lui, qui nous a enfermés, analysé trop universitairement nos confinements totalitaires, et ce - après l'apparition débonnaire de l'humain, visage qui s'ensable à trop vouloir se représenter en s'effaçant derrière le désir de l'autre : volupté des images dites partagées.

Ce foisonnement discursif, c'est le tableau caché des Ménines. Vélasquez regarde le couple royal dans le miroir mais ne le peint pas. A cette époque, aucun couple n'était peint. Cette oeuvre est une commande particulière du roi d'Espagne lui-même, pour chez lui. Pas pour être vue par trois milliards de personnes, ni pour être disséquée des sophismes foucaldiens.

Première mouture du tableau : l'infante d'Espagne et ses suivantes, point barre. Elle était appelée à régner. Ce devait être elle, et elle seule, la future reine d'Espagne. Le peintre du roi l'a donc représentée en pied avec ses suivantes, les Ménines. Pas de peintre dans ce tableau. Un portrait d'enfant à la Titien. Guère plus. Hop Titien aurait-on pu lacaniennement dire. Mais le meurtre ?

Le double meurtre. Les deux assassins et peut-être même quatre, le type du fond qui ouvre la porte vers laquelle on pourra s'échapper, pense-t-on si la scène devient trop oppressante vu l'ampleur des enjeux de pouvoir qui s'y tiennent, bien évidemment violemment cachés. Foucault a tenté de soulever la nappe. Poussière. Le tableau a épaissi son mystère. Une couche de plus. Et c'est sans doute par là notre porte de sortie.

C'est sans compter sur l'histoire, tout bêtement plate qui nous fait vivre d'amour et d'eau bénite. L'infante a un frère et se retrouve reléguée à la, tiens un mot nouveau, figuration. Foucault ne savait pas. Velasquez a refait le tableau comme il était fréquent depuis la Renaissance et interdit maintenant, c'est un de nos tabous de reconstruire une oeuvre. Comme quoi, plus notre technologie semble galoper, plus notre frigidité englue nos actes.

Le peintre vient après, mais pourquoi ? Foucault vient ensuite voler ce tableau, mais pourquoi ? Et tout le monde se précipite au Prado pour ne rien voir que des balivernes. Tous les deux ont des enjeux de pouvoir bien précis : économiser des heures de travail pour l'un, trouver au prix de toutes les négligences un symbole à l'enfermement de notre modernité sous un discours universel techniciste pour l'Autre. Nous voilà bien. Deux talents. deux oeuvres. Toutes les deux fausses. toutes leus deux universellement reconnues. Mais, à mon avis, rien ne va. Ces deux là ont forcé leur talent.

L'homme n'est pas apparu là. Les sciences humaines ne saisissent de l'homme que le mesurable, pas grand chose. Foucault est comme un astrologue : je l'imagine regardant ce regard. Deux mers qui se sont retirées, deux visages de sable. Et nous ailleurs. Les deux ont trouvé que la clé de l'énigme ne peut être qu'énigme. C'est en ce sens que Foucault est philosophe. Son impuissance à trouver des solutions le prouve. Aporie.

Nous voilà bien.

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