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vincentdidier

Ha ! l'article de l'amor..

C’est un désert plat, un océan de sable où le ciel coule lentement à la manière d’un fleuve. J’ai mis à peu près 11 milliards d’années à trouver cet improbable endroit. Rien pour se cacher que mes pensées. Ma planète a deux soleils, il y fait rarement nuit. Pas de mer, pas encore. Il va falloir patienter, rester vigilant. Mais je le suis. Je ne dors jamais car j’attends. Je ferme les yeux, des fois, pour le peu qu’il y a à voir, du reste. D’autres gens vivent là ? Je ne sais pas. Mes deux ombres me suffisent, pour l’instant. J’ai marché des centaines de kilomètres dans le sable sans jamais tien trouver. L’huile du temps m’indiffère. Je vais mourir bientôt, du reste. Ce n’est pas très grave, cela épaissira la couche de sable. Mes pensées resteront. Le ciel pénétrera mon être et j’irai ailleurs, squatter un autre abominable caillou. Ce sera encore bien et mal, les deux toujours à la fois, comme deux soleils. Et je marcherai toujours et je ne rencontrerai toujours personne. On marche dans le ciel, des fois. C’est débile.
Ma planète doit-être plus grande que la vôtre. Elle est plus pauvre, plus abstraite, si vous voulez. Minérale. Vous, je crois me rappeler que c’est un peu confus. Vous n’avez qu’un soleil.
Il fait rarement nuit. Une fois tous les deux mille ans quand une éclipse a lieu. Des vents de 500km/h se lèvent, à cause des différences de température. On n’y voit plus rien. Je m’enterre dans le sable. M’en fous, je ne respire pas. Je ressors 10 ou 20 ans après. Les mêmes soleils lents, trop lents. Silencieux. Le sable a changé de couleur : bleu clair et rose par endroits, de drôles de cailloux sont apparus. La solitude ne pèse pas. Je n’ai jamais vu ni rencontré personne. Je suis ma propre énigme. Je crois que je serais complètement incapable de communiquer. Quoi ? « Je n’ai rien à raconter, je vis un éternel été, ni bleu ni gris ni mérité… » J’ai aussi changé souvent de taille, aucun costume ne me va. Ce serait trop difficile, trop douloureux pour moi de vous rencontrer, comme un arrachement. Je ne serai plus moi-même. Je ne veux pas ne plus être moi-même. Vous me faites peur avec votre arsenal de jugements, vos idées préconçues, vos attirances sexuelles.
J’ai mis 11 milliards d’années à dépeupler ma planète. Je pourrais compter les grains de sable, si vous voulez, creuser un trou infini dans mes pensées, me rappeler mes milliers dessins tracés dans l’éphémère, mais vous voir sans peur, je ne pourrai pas. Il y a si longtemps que j’ai sombré au cœur de l’immensité pierreuse de ma solitude solaire. Mes deux si chers soleils. Si semblables, si différents. Deux éclairages. Mes étoiles.
Je mettrai du temps à partir d’ici tant cet endroit qui vous paraît si inhospitalier me plaît. J’aurais pu rester aussi en haut d’une colonne à compter les oiseaux, d’un arbre à m’étourdir des caresses du vent, au milieu de votre corps, tout petit, derrière votre conscience, à voir, à scruter, sentir si vous êtes aussi seul que moi. J’aurais pu…
Vous pensez que je délire. Vous avez raison. Passez votre chemin. Je n’ai rien à vous apprendre que vous ne sachiez déjà en vos atomes. N’oubliez pas que vous avez neuf mois de plus que votre âge. Moi de même. Je vous assène mes 11 milliards d’années. Je vous mens. Ma planète, je vous mens. Mes soleils, je vous mens. Mes éclipses, mes vents de sable, mes marches, mes pensées… Tout ça.
Retournez-vous. Je suis là. Assis derrière vous et j’écoute avec vous cette musique d’un chanteuse anglaise. Un peu acidulée ; Mais pas mal. Peut-être que tout de suite je vais enlever ce bout de texte…Il aura été éphémère. Un ou deux seuls lecteurs. Mais ce n’est pas grave. Il aura été. Il aura pénétré votre conscience.
Et peut-être je ne serai plus seul tout en l’étant encore. Enfin !!!
Allez… dans deux minutes, je l’efface. Merci de votre attention.
Mes soleils.
Ma planète.
Ecouter 10 000 fois ce morceau……………..
Mes ombres.
Je repars, en fait.
Le faux du faux.
Je retourne au pays de mes doux rêves, celui que vous fuyez. Je n’étais là que de passage, un bref moment dans ce que vous croyez être votre conscience. Mais en fait c’est vous qui rêvez. Vous dormez dans mon écriture dans le désert sableux de mes mots. Et vous marchez sans cesse depuis bientôt 11 milliards d’années, sans espoir, parmi les tempêtes et les sécheresses de votre âme. C’est l’enfer. Cela ne peut-être que l’enfer.
Mais pourquoi deux soleils, vous dites-vous ? C'est déjà un labyrinthe : deux. Vous allez voir, je prends votre place. Je vous laisse quelque part les clés de votre énigme.
Marchez un peu vers un des deux soleils, ça va vous détendre. Je reviendrai vous voir dans quelques siècles. Vous verrez : pas d'hiver, pas de froid. Vous pourrez lire et écrire et penser. Cette planète est faite pour ça. Plongez. C'est la mort. L'abstraction de votre être vélléitaire. La détente. Les vacances perpétuelles. L'ultime trek.
Vous allez sentir votre conscience de vous de plus en plus lointaine et votre ciel couler, le sable devenir de plus en plus épars. Les soleils s'éloigner peu à peu. Ce n'est pas grave. Vous perdrez pas mal de choses : à commencer par le langage. En clair, vous ne vous parlerez plus à vous mêmes. Vous savez, ce texte qui s'écrit tout seul en vous que vous identifiez comme votre conscience. Vous l'écrirez sur le sable pour vous rappeler. Mais vous rappeler quoi au juste. En quelques milliards d'années on oublie les intentions. Vous ne vieillirez plus. Les tempêtes effaceront vos écrits.
Bientôt, il fera noir. Vous serez seul. Vous m'aurez oublié. Vous aurez tout oublié. Léthargie. Léthé. Le fleuve absent. La mer. Vous allez vous rappeler que vous étiez... que vous étiez...
MOI.
Vous ne comprenez toujours pas les deux soleils ???
Non, vous ne pouvez plus comprendre. Vous marchez. La mer s'est déjà retirée. Le sable sort de votre bouche. Les soleils de vos yeux. Vous mourez en naissant.
Putain. Qu'est-ce que c'est que cet enfer ?
Je crois en avoir trop dit, tout à coup.Je viens à votre rencontre, je viens vous aider.
Attendez.
 
 
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