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vincentdidier

ébauche de la lettre 15

Illusion d'optique.
Je vais encore vous dire que j’ai un immense plaisir à voir mon inconnue. Je vais encore vous dire que je suis frustré de ne la voir que si peu de temps, de manière si éparse, sporadique, parcimonieuse. La rareté comme principe, après l’abondance. Je vais encore vous dire que je suis beaucoup trop sentimental pour faire ce métier d’attachement. La rengaine habituelle que je ferais mieux de rengainer. Cela devient lassant, à la longue. Je vais encore vous dire que je la vois sans la voir, comme au Monopoly : simple visite. Qu’avant même de la voir, je redoute l’éphémère. C’est un flash : ça éblouit mais n’éclaire pas. J’en reste aveuglé un certain temps, chancelant, sonné. C’est de la magie et, comme toute magie, c’est très bref et incommensurable au quotidien. Je vais encore vous dire que je lui écris mille lettres dans ma tête, sans arrêt qui sont comme des bonheurs différés, des fragrances fragiles, de mélodieux errements très volatiles. Je vais encore vous dire ma poésie, ma douleur, mon incertitude de vivre, mes mille regrets, la conscience de la vanité du futur. Vous allez encore vous dire que je suis à la recherche de ce qui ne peut que me manquer, la recherche du manque lui-même. Je vais encore vous affirmer que son absence, m’accablant, me vivifie en un détour bizarre et que sa présence, par moments, toue essentielle qu’elle soit, me détourne d’elle.
Peut être n’aime-t-on pas une personne, mais l’idée que l’on a d’elle. On a créé un mythe, une imago, une icône. Les signes qu’elle voue renvoie vous confortent dans votre peinture, mais ne sont que des signes complaisants. La personne aimée est déjà différente, autre. L’infini tissu social, psychologique, biologique, affectif, rationnel … que représente cette personne a déjà bougé, cet archipel s’est immensément modifié. Vous aimez l’idée d’une personne à un instant T de son histoire. Le reste n’est que religion des signes. Proust l’avait déjà bien dit dans sa Recherche.
Je vais encore vous expliquer que le mythe est plus réel que ce que l’on croit être le réel. Nous ne sommes pas sortis de la mythologie. Peut-être est-elle l’esssence de l’homme. Je suis attaché à mon étoile car je la sais lointaine et libre. Quand je suis trop près, elle m’éblouit et je n’y vois plus rien. Je suis sa comète. J’ai un style elliptique : je ne tourne pas en rond ! C’est déjà ça ! Je vais encore à la manière d’Homère, écrire en aveugle. C’est sans doute là que l’on s’exprime le mieux, au moins pour ma part. Car trop près, c’est trop loin. On ne voit guère une fresque en se rapprochant : les détails mis bout à bout ne la constituent pas. Il y faut du recul. Mon recul, c’est la rareté de nos relations, ajoutée à leur brièveté. Piqûre d’araignée, comme le chante Vincent Delerm.De rappel.
 
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lesmotive 11/03/2007 15:20

On dit également que l'on pare la personne aimée des qualités que l'on voudrait avoir soi même .....