Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

l'instant présent

Je suis immortel, je vais vous survivre. Ne craignez rien, c’est plutôt moi qui ai à redouter. Je verrai ce que vous ne vivrez jamais, ce que vous ne soupçonnez même pas qu’il va se passer. De plus, je le sais déjà, puisque je suis immortel, je vais passer à travers les balles, slalomer vos morts, connaître mille soleils. La sottise n’est pas de mourir, au contraire. J’estime que vous avez une chance folle. Moi pas. Rien ne va se substituer à moi dans l’inépuisable épuisement du temps. Toi, mon inconnue, je vais te regretter l’infinité de ma vie. C’est l’enfer qui m’attend que cette vie qui m’est offerte. Je ne vais pas vieillir, dépérir, m’ankyloser, perdre la mémoire. L’immortalité me condamne à ne rien oublier. Et c’est un immense supplice. Je ne peux m’enliser dans les sables du temps. Mon âme, ce fumeux avatar que l’homme a inventé pour affronter la mort, n’a ni queue ni tête, n’a pas de sens. J’ai tous les pouvoirs excepté celui de n’en n’avoir pas. Et il me manque aussi celui de mourir.
Vous m’enviez ? J’achète votre mort. Un euro. Cinquante centimes. Rien. Le mot fin n’a pas de sens pour moi. Je vais aux enterrements, je suis les convois. Je le ferai tout le temps. Ma vie est un cimetière indécent. Je ne peux parler qu’aux éphémères que vous êtes, mais vous ne me comprendrez jamais. Je vois beaucoup plus loin que vous, mais je ne vois rien.
Mon défilement ne s’arrêtera jamais, n’aura pas de cesse. Je n’ai pas l’air comme ça : vous me voyez vivre, parler, rire, dormir, aimer. C’est l’aiguille creuse, la mise en abyme. Vos êtres singuliers sont pour moi abstraits. Mon intemporalité me condamne à l’universalité, à n’être qu’une éternelle poupée gigogne qui se renouvelle sans arrêt, sans fin, sans suite. Je suis le désir de vivre, son incarnation. La tangente, la ligne droite, le cercle. Je suis la fuite qui ne se fera jamais rattraper par la faux de la mort. Je cours, je cours.
Je suis immortel et je suis fou. Rien ne peut plus m ‘émouvoir, me séduire,m’attirer. D’un côté j’ai déjà tout vu et ce que j’ai vu de plus beau va s’éloigner à l’infini sans espoir de retour. De l’autre, j’ai le temps, je ne suis pas pressé de découvrir des nouveautés, de nouveaux amours : je sais qu’inexorablement je vais les perdre à tout jamais. Je tourne en rond en allant tout droit, pas de tangente possible.
Si vous voyez un type courir dans le désert, voulant mourir de soif , c'est moi. Si vous voyez un type sauter d'un immeuble, voulant tout se ressouvenir, c'est moi. Si vous voyez un type se cramer à l'essence, voulant sauver le monde c'est encore moi. Et l'instant d'après, si vous voyez le même type téléphoner aux pompiers ou aux flics ou à un quelconque dieu, ce sera encore moi... moi... moi... MOI !!!
J'en ai marre de moi. Cette immense ligne droite sans fin au devant, c'est moi. ce mortel ennui d'avoir déjà tout vu, tou souffert, c'est encore moi. Ce désir d'ignorer l'absence des autres, de narguer leurs errements incertains, d'applaudir leur funeste destin c'est moi. Cet égocentrique être qui n'a de centre que sa vacuité infinie, son éternité offerte...
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article