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vincentdidier

coquille vide

                                            L’annonciation de Francesco del Cossa 1470
 
Feux de la rampe(ou l'opération escargot) 
 
 
  Se promène, en bas à droite de la toile, un escargot, un gros. C’est une scène biblique. Elle s’appelle l’Annonciation. Des toiles comme ça, y en a plein les églises à cette époque. C’est le thème à la mode. L’archange Gabriel se pointe de la part de Dieu et annonce à Marie qu’elle va avoir un gosse, comme ça, sans faire crac crac ! Balèze. Il aurait pu lui annoncer aussi bien que la chasse aux escargots était ouverte. Mais bon. Chacun ses valeurs et quand un mec comme ça fait le voyage sur Terre, ce n’est pas pour escargoter.
  L’escargot ? Serait-ce la première coquille visuelle ? Que fait la ce gros bêta à ramper. Il est hermaphrodite, on sait. Symbolique ??? Pffff !! Cossa est bien trop malin pour balancer une symbolique aussi au raz de l’herbe. Unique, certes. C’est le seul escargot, enfin presque, à se balader sur une toile, à un endroit où le grand Dieu se manifeste himself et dit, par le tronchement d’un Icare céleste : tu vas avoir un bébé toute seule !
  En fait, si vous détaillez bien l’architecture de la toile, le gallinacé, n’y est pas. Illusion d’optique. Trompe l’œil. Il se dégourdit le pied sur le bord. Il n’est pas inclus, il s’est invité. Nuance ! C’est par hasard qu’il passait : il s’est fait une toile ! Et pas n’importe laquelle. Je vais vous dire tout.
Déjà, vu la perspective, l’archange et la future ex Vierge se voient-ils ? Il y a un pilier. Hop hop hop. Je viens d’écrire le mot à la mode, en ce temps là (1470) « perspective ». Toute la Renaissance s’y est collée à cette vision du monde là.
  Avant, on représentait les divinités sans aucun effet de réalisme. C’était pur fantastique, pur fantasme. Y aurait-il eu un escargot ? Non. Impensable. Ou alors fantastique, avec une tronche de chérubin ou de gorgone avec des ailes ou crachant des flammes tourbillonnantes. Tout était disproportionné à l’échelle imaginante des dieux. Je dis toujours à mes gamins que le ciel était comme notre papier peint. Z’avaient jamais vu le ciel autrement. Le ciel n’existait même pas, je crois.
Donc, un des génies de la Renaissance est d’avoir ébauché cette nouvelle norme des lignes de fuite. L’éloignement de la perspective. Le retrait du céleste qui passe au second plan. Voire qui reste en plan. Cherchez bien où se trouve le Père sur la toile. Difficile à voir d’emblée. Moins voyant que notre gastéropode Une crotte de nez en tout petit en haut à gauche, comme un petit nuage. Vous le voyez maintenant. Effet de perspective. Il ne passe plus la rampe. Là où il était figure, et même centrale, il se réduit en peau de chagrin à l’état de figurant. Lointain Il en bave ( ?) d’envie pourtant. Sera-t-il un jour obligé de ramper devant la science ?
  Et l’autre baveux, lui, surdimensionné, nargue allégrement le hiératisme de la scène. Daniel Arasse (critique d’art) voit une croix dans ce tableau. Bas gauche-haut droite : l’archange et Marie ; haut gauche et bas droite : Dieu et…notre escargot.
  La perspective moderne a gommé la prééminence de Dieu, sa grandeur.
Apparaît l’intrus. L’escargot. Symbolique ? Sans doute pas. Il n’est pas dans la toile.
Coquille vide ? Plus plausible. Dieu n’est pas un escargot. Dans l’histoire, il perd contenance, s’éloigne, rapetisse à vue d’œil dans un ciel qui se géométrise, une Terre qui devient ronde, un soleil qui se fixe, des cartographe qui vont tout quadriller, répertorier. Dieu, casse toi de notre horizon représentatif, tu n’y as plus ta place.
  Trompe l’œil, coquille vide, être incongru. Maintenant tu es exclu, tu vas ramper, baver, dans quelques secondes même, tu seras tombé du rebord du tableau.
    A Dieu.
 
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