Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

ici

Ici, c’est trop touffu, vous ne verrez rien. Décalez-vous, montez sur le rebord du monde. C’est loin, me dites-vous : les hauts quartiers de solitude. Si vous êtes un peu patients, vous me verrez de temps en temps marcher sur l’eau, surtout le matin. Les marigots c’est mon domaine. L’Autre, celui qui prétendait que c’était miraculeux, il me fait rire. C’est si vous êtes un peu curieux, seulement. Ne faites pas de bruit, essuyez vos pieds sur le paillasson en forme d’éléphant et montez l’escalier en spirale, à droite. C’est long, me direz-vous. Mais je vous assure que de là haut, la vue est bien meilleure. Ne m’apportez rien. Je n’ai besoin de rien. Si, juste un peu de votre regard, de votre attention. Retenez vos élans. Montez marche à marche. Ne vous noyez pas dans vos appréhensions bizarres, vous n’avez rien à craindre. Montez. Je vous le redis, je marche vraiment sur l’eau : sans effort, sans trucages. C’est une des ressources de ma vie, un plaisir simple. Vous ne me croyez pas : vous avez peut-être raison car vous êtes raisonnable. Evitez le désordre. Mon escalier est mal entretenu. Tout plein de mousses odorantes, de plantes aquatiques, de ruissellements gélatineux sur les parois roses. Ne faites pas attention à mes hôtes : papillons verts, colibris bleus et rouges, libellules fureteuses qui vous nargueront, chenilles rousses accrochées aux roseaux qui longent la rampe végétale.
C’est un autre monde, me direz-vous. Et vous aurez raison. Ecoutez plutôt cette musique. Emparez-vous de vos sensations, pour une fois. Vous êtes un minuscule organisme vivant qui grimpe au cœur d’un arbre multi-centenaire, vers sa canopée, l’autre horizon ; de là haut, si haut, si loin de votre asphalte nourricier, vous aurez une chance de m’entrapercevoir, comme du haut d’un immeuble, un piéton tout en bas. Les échelles vont basculer, les perspectives s’inverser. Plus vous montez, plus votre sensation d’exister va diminuer, votre petitesse s’accroître et moins vous allez comprendre ce qui va arriver. C’est tant mieux. Vos souvenirs, si minces fussent-ils en seront d’autant plus indélébiles.
Quand vous ne sentirez plus vos pensées, vos appréhensions, votre envie de comprendre, vous serez presque arrivé. Vous verrez : les couleurs deviennent plus nuancées, moins lisibles. Cette ascension vers l’irréel est comme une drogue douce. L’air va devenir plus doux, presque inconsistant En haut de cette spirale : votre solitude sera votre seule juge. Vous-même. Vous verrez. Je vous préviens : je ne sais pas si vous arriverez à redescendre. Mine de rien vous êtes devenu comme un végétal, en montant, de la consistance d’une feuille. Comment est-ce possible ? cela qui vous paraissait idiot au début de ce texte devient, par un basculement inouï, une nouvelle logique, lumineuse, radieuse.
Une serrure, comme la verte, en haut à gauche de ce blog. La porte s’ouvre facilement : elle n’était pas fermée. Une légère brume verdâdre, des reflets bleutés, des milliers de cris d’oiseaux entremêlés de lointains échos de voix éthérées. Peut-être rêvez-vous. Sûrement, vous rêvez. Vous nagez dans une sorte de liquide bleuâtre moins dense que de l’eau. Odorant.
Et là, vous me voyez. Oh pas longtemps. Un clin d’œil. Un subreptice moment. Je marche sur l’eau. Je danse. Je tournoie.
Votre vision a duré une éternelle micro seconde. En fait, vous n’avez rien vu ! Deviné, tout au plus. A peine une esquisse de souvenir. Presque rien. Plus rien. Il n’y a rien eu. Il ne s’est rien passé.
Allez maintenant sur un autre blog, un autre site. Il est temps. Je ne vais pas, comme ça, vous dévoiler tous mes secrets ; Vous en connaissez déjà un. C’est largement suffisant !!!
Ouste, décampez. Retournez dans ce que vous croyez être le réel. Allez vous noyer. Vous le méritez bien. Ne vous retournez pas. C’est trop tard, vous ne verrez plus rien !
 
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article