Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

nicole krauss

 
Je viens de terminer la lecture du roman gigogne de Nicole Krauss, la femme de Jonathan Safran Foer, L'histoire de l'amour.
Tous ces êtres que l'on a perdus et qui ne disparaissent pas : les grands parents, l'enfant, les amis, l'Amour (Alma). Quand on perd quelqu'un à tout jamais, il ne sera jamais remplacé. On est condamné à subtituer par quelque chose de différent( de plus grand ?). L'écriture est une souffrance, en souffrance, donc à jamais écrire....
Les pages où un des narrateurs va dans la pièce où son fils est mort récemment sont bouleversantes. J'ai plusieurs fois eu le même sentiment : refuser l'rréversible et chercher le moindre détail qui prouverait que la mort de l'être aimé n'a pas eu lieu.
Voici un extrait, très littéraire, sur la fin de l'enfance. La dernière phrase est sublime.
 Lumineux !
 
 
 
 
 
Mais à présent, elle me parut sous un jour différent. Je pris conscience de ses pouvoirs spéciaux. Comment elle semblait attirer la lumière et la pesanteur vers l’endroit où elle se trouvait. Je remarquai, et pour la première fois, que ses pieds étaient légèrement tournés vers l’intérieur. La saleté sur ses genoux nus. La façon dont son manteau était parfaitement ajusté à ses minces épaules. Mes yeux semblant désormais avoir un pouvoir grossissant, je la vis de plus près. Le grain de beauté noir, telle une tache d’encre au-dessus de sa lèvre. Le coquillage rose e translucide de son oreille. Le duvet blond de ses joues. Centimètre après centimètre, elle se révéla à moi. Je m’attendais plus ou moins, au bout d’une minute, à être capable de distinguer les cellules de sa peau comme sous un microscope, et une idée me traversa l’esprit, une inquiétude fréquente qui m’incitait à me demander si je n’avais pas un peu trop hérité de mon père. Mais cela ne dura pas longtemps, parce que, tout en prenant conscience de son corps, je prenais conscience du mien. Cette sensation faillit me couper le souffle. Une sensation de picotement enflamma mes nerfs sur toute leur longueur et s’étendit. Tout cela ne dura sans doute pas plus de trente secondes. Et pourtant. Quand ce fut terminé,, j’avais été initié au mystère qui garde l’entrée de la fin de l’enfance. Il me fallut des années pour dépenser toute la joie et toute la douleur qui étaient nées en moins d’une demi-minute.
Nicole Krauss
L’histoire de l’amour
Gallimard.
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article