Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

vincentdidier

lettre n°10 réchauffée

Tu as changé, comme tu as changé ! Tu es toute petite, maintenant, je ne te reconnais plus. Que s’est-il passé ? Par quel laminoir étrange es-tu passée ? Je ne te reconnais presque plus, tu m’apparais anodine, banale, inessentielle, lointaine, fade… Je t’ai revue, je te perds presque en te revoyant. Tu es les saisons qui bougent. Tu es l’automne. Tu es exaspérante. C’est exaspérant de ne pouvoir saisir un être. Tu n’es pas un modèle, comme on dit en peinture. Tu es toujours ailleurs et surtout là où on t’attend le moins. Pas facile d’accès, cette fille ! Les bras m’en sont tombés, le moral aussi. Là où je voyais une fée, je retrouve une passante médiocre. C’était ça le but du jeu ou bien es-tu impuissante à maîtriser ton image ? J’accentue le trait, bien sûr, mais l’essentiel est là. Je ne t’avais jamais vue si petite. Ou alors, c’est moi qui suis devenu lointain par un changement de perspective bizarroïde. Je m’attendais à rencontrer une montagne et j’ai une colline sous les yeux. Voyons voyons, qu’est-ce qui a pu changer ?
 
 
Accentuerai-je le trait pour me rendre intéressant, sachant que j’ai un lectorat autre que toi-même. Peut-être. Et que j’ai lu le dernier livre de Christine Angot qui m’a fasciné : Rendez-vous. C’est pour moi, une des plus belles plumes vivantes que nous ayons en France. Mon histoire, nos histoires sans doute, sont parallèles à la sienne, aux siennes. Et que je sais, qu’écrivant ainsi, tu ne me comprendras pas, encore moins ton entourage.
 
C’était le côté nuage. Nuageux. Ombreux. C’est l’automne, je l’ai déjà dit. Cela ne se compare pas au printemps, ça se vit différemment. Mal dans les deux cas et mal dans deux registres différents. Celui-ci correspond aux basses eaux, à la morne plaine, au néant du texte d’hier, encore que celui-ci enfantait .Enchantait, donc.
 
Mais là ? J’ai vu, reconnu, ressenti l’attachement ; mais plus fugacement la connivence. La séduction ? Elle était là, mais pas là où je la trouvais habituellement. Plus subreptice. Clin d’œil. Mise en abyme. Invisible aux autres. Plus que subtile. Ethérée. (Arrête Didier, après, il n’y a plus rien). Mais je l’ai vue, moi. Un dixième de seconde. A peine. Un simple regard qui ne s’attendait pas à être reconnu. Je le garde. En quelques heures d’insipide présence absente, l’incise brève, presque instantanée d’un regard inquisiteur : lointain ou proche ? mais de connivence.
 
Pas suffisant pour me rassurer sur ta présence. Autant elle était attendue, redoutée , autant, ce jour là, de froid et de vent, elle était discrète. Le temps a commencé à crevasser, gripper, fissurer… faire son boulot de temps, je le crains. Je le redoute. Mais je sais aussi que tu as mille visages composés plus ou moins, mille attitudes en fonctions de l’environnement immédiat, mêlé aux objectifs plus ou moins avoués de ta présence. Tu voulais me faire plaisir, tu as mis trop d’amertume. Manque aussi d’immédiateté, mais c’est ma faute. Je t’ai assez ennuyée par le passé.
 
Tu te cachais, c’est sûr. De moi. Oui, sans doute. Des autres, certainement. A en devenir incolore. Cette lettre est une prière cachée. Je traduis : redeviens le printemps que j’ai connu. L’inaccessible. Là, tu étais accessible. C’était ennuyeux. Copieusement. Je ne t’ai pas admirée. Mais une trace d’amertume me fait encore tourner en rond. C’est une de tes armes ?
P…tu as un arsenal vachement élaboré. Voilà, il faut que je mette encore en scène même l’insipidité. Tu étais, pour moi, une divinité, te voilà ravaudée au rang de simple femme de ménage et je te trouve des stratégies ! Homère. D’alors je suis aveugle !!! Et vraiment con !
 
Où est le vrai dans tout cela : le printemps ou l’automne ? Où se planque cette fichue réalité ? En tout cas, quand je te vois partir, je suis toujours dans état de désespérance lamentable. Waterloo. Et je suis anéanti.
 
Mon inconnue…je t’ai écrit sur les nuages, sur les amis, sur l’écriture elle-même, sur d’autres choses et voilà, ce jour-là, je me suis demandé si tu étais capable de comprendre un traître mot de ce que je t’avais écrit. Swann et Odette.
 
Je cite Proust :
 
« De tous les modes de production de l’amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l’un des plus efficaces, ce grand souffle d’agitation qui parfois passe sur nous. Alors, l’être avec qui nous nous plaisons à ce moment-là, le sort en est jeté, c’est lui que nous aimerons, il n’est même pas besoin qu’il nous plût jusque –là plus, ou même autant que d’autres. Ce qu’il fallait, c’est que notre goût pour lui devint exclusif. Et cette condition là est réalisée quand- à ce moment où il nous fait défaut- à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s’est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir- le besoin insensé et douloureux de le posséder ? »
 
D’où ces mille lettres. Après une citation si exceptionnelle, si brillante de lucidité, je m’éclipse, elle m’éclipse, tu m’éclipses.
 
A bientôt, ma passion.
 
Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article