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vincentdidier

néant

 C'est sombre là-dedans. Quelques cris, comme des couinements de souris, au loin. Combien de temps ? Combien de temps s'est écoulé ? C'est hallucinant. Il n'y a rien, plus rien. Merde. J'ai dû tomber. Je ne me rappelle de rien. Je n'ai mal nulle part, mon corps ne me parle pas. Je suis conscient. Je n'y vois rien et n'entends, par intermittence, que ces quelques couinements lointains. Est-ce une grotte ? Je serais tombé dans un trou que je n'aurais pas vu lors d'une promenade en montagne. Je ne me rappelle de rien ! Je m'appelle Vincent Didier, ça, je sais. Je suis instit à Trouville. Mais c'est à peu près tout. On verra si ma mémoire me revient... Pour l'instant, je ne vais pas rester dans ce nulle part complètement noir. Il n'y a pas de paroi, ce doit être très vaste. Crier ?
-hoé ! hoé !
Ma voix est comme étouffée. Aucun retour, aucun écho. Je décide de bouger, d'avancer. Mais dans quelle direction aller ? Tout est pareil. Crossroads. Le sol est dur et plat. Noir, sans doute. Je n'arrive pas à discerner la provenance des couinements, ils sont trop lointains. Ils semblent provenir de plusieurs endroits différents.
Je suis à poil ! Hé bé ! A poil ! Il ne fait pas froid, mais quand même. Oh ! Merde ! Un tremblement de terre ? J'ai l'impression d'être dans un bateau. Je flotte ! Des sons ! Comme des sortes de voix humaines, mais assourdies, incompréhensibles, très lointaines...
Je m'appelle Didier Vincent, je faisais une promenade en montagne, je suis instit. C'est quoi instit, c'est quoi ? J'ai le mot, mais je ne me rappelle plus. Oh la la ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Trou noir. Dans tous les sens du terme. Ma mémoire semble incomplète. Et qu'est-ce que je fais là, tout nu ?
Bon, il faut réagir. Je vais essayer de faire quelques pas, tant pis pour la direction. Ce sera peut-être la mauvaise. Mais au point où j'en suis. Je ne sais rien. Alors, je dois prendre une décision. Eh toi, lecteur, derrière ton écran plat, bien au chaud, t'as pas une idée, envoie moi un mel, téléphone moi au 06 89 35 89 83 et tout de suite. Je suis en péril. Aide moi, lecteur ! Je bouge mes jambes, je bouge mes bras. C'est fatiguant ! Somnifère, je m'endors subitement. Nouveau trou noir.
Réveil. Personne n'est venu m'aider, vous êtes des feignants. J'ai toujours su que mes lecteurs avaient une prédilection pour la fainéantise. Aucun ne fait de commentaire sur mon blog. Ce sont des atrophiés du clavier et aussi, je m'en aperçois maintenant, des atrophiés de l'aide humanitaire. Bon, c'était une parenthèse, car pour l'instant, je suis dans le caca !
J'ai faim, j'ai soif, j'ai envie de pisser, j'ai envie de chier. Mais il n'y a rien ! Et la mémoire ne me revient toujours pas. Je fais quelques pas, mais on dirait que c'est dans le vide. Et toujours de temps en temps ces tremblements de terre et ces voix étouffées. Je vais rester enfermer combien de temps dans cette grotte ?
Houps ! je bascule sur le dos, mais en douceur. Mes pieds pédalent dans le vide. Je les sens, mais je ne peux pas les voir, ni mes mains. C'est vraiment tout noir là dedans.
J'appelle encore ? Merde ! C'est quoi, appeler, au fait. Je m'appelle Didier Vincent, mais appeler ? J'avais un métier, mais ça aussi ça m'échappe, maintenant et je ne suis pas comme toi, lecteur, je ne peux pas remonter plus haut dans le texte pour le savoir. Toi tu sais, moi je ne sais plus. Alzheimer ?
Je faisais une promenade, mais où ? J'ai dû tomber ? je cherche, je cherche. Il me semble que mes fonctions cérébrales augmentant, ma mémoire diminue. Qu'est-ce qui se passe ?
J'essaye de me relever. Impossible ! Je ne vois même pas le plafond, il doit être vachement haut. Je serai tombé de si haut sans me faire mal ? En tout cas, si je ne ressens pas la douleur, du moins, je ne peux pas me relever. J'entends toujours les couinements lointains et maintenant comme une sorte de vent léger dans les arbres. Comme une tempête, mais une tempête calme, apaisante, relaxante. Je m'endors encore. J'ai sans doute avalé un tube entier de somnifère et je suis en train de rêver. C'est ça. Je rêve.
 
Vous voulez que je vous décrive mon rêve ? Pas facile. J'entends comme du vent et je revois ma classe, mais toute rouge et mouvante, comme un organisme vivant. Je me revois, moi, mais sans yeux, les cheveux rasés, flottant dans l'air, entouré de bulles roses et quelques visages que je connais, mais que je ne reconnais pas, vides, sans yeux aussi, livides. Ce n'est pas vraiment un rêve. C'est doux. Rien ne me fait peur. Cela va vous paraître cauchemardesque, mais, pour moi, tout cela me semble naturel. Poisson dans un bocal. Les perspectives changent lentement, les visages deviennent des statues, la classe une rivière rose. Tout devient flou. Le rêve se désintègre. Léthé. Je roupille dans le néant.
 
Depuis combien de temps suis-je dans cette grotte, sans bouger, sans rien faire que penser ? Des jours ? Peut-être, maintenant. C'est cauchemardesque. Je ne sais plus maintenant comment je m'appelais avant et ce que je faisais. Rien. Je ne suis plus qu'un organisme, minuscule, un bébé.
Je grandis, hé oui, je le sens, je vous dis que je deviens de plus en plus grand, dans la purée de poix de ma nuit glauque. Et je n'arrive plus à me souvenir de rien. Je flotte, comme dans l'espace. Nulle part.
Vous avez été un peu cons sur ce coup là, vous n'avez pas osé me tendre la main, bande de lâches que vous êtes. Et me voilà dans le quasi néant. C'est ça en fait, un blog, c'est l'enfer-mement. Le repli. Une grotte où on se la coule douce en régressant tranquillement. Et personne ne vient vous aider. Vous aider ? Comment ? Vous ne tendez même pas la main. Et merde ! Je n'ai plus vraiment de main, plutôt des mini-doigts gros comme des vermicelles. Je ne les vois pas, je les sens. Mes pieds, pareil. En fait, je crois que je n'y vois rien. Je ne sais même pas ce que c'est que voir. Je n'entends plus rien.
Ma vie antérieure s'est totalement estompée et je suis un être nouveau, mais le même. Ce n'est pas facile à exprimer. Mes rêves deviennent plus lumineux. Les formes, les visages s'entremêlent de lumière.
Putain !!!
Je suis ébloui.
Je sors d'un syphon, aspiré vers la lumière. Je ferme les yeux, ne me souviens plus de rien. Je suis un extra-terrestre : un humain.
Eh, les mec ! Je viens de naître sous vos yeux.
Putain. Un bébé qui dit "putain" c'est rare.
Quelques bribes de vies antérieure subsistent dans les pages de ce blog.
C'est un gros merdier, un mauvais calcul.
Une nouvelle grotte !!!!J'en ai assez, c'est un cauchemar.
Dieu, s'il te plaît, s'il te plaît, fais qu'on n'ait qu'une vie.
J'en ai marre de marcher dans la grotte !
 
 
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