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vincentdidier

la mouche

Odile, la mouche.

 J'ai peur.

 Il y a une mouche dans ma classe. Elle ne veut pas partir. Et pourtant, ce n'est pas faute d'aérer, d'ouvrir les fenêtres, d'agiter la tapette menaçante. Elle est là, campée sur ses six pattes grêles et, à la moindre tentative d'approche de ma part, elle décampe quelques mètres plus loin. Au plafond, sur un rideau, sur mon bureau, en haut d'une cloison, que sais-je encore. Même quand j'ai mes 25 élèves dans la classe, je ne vois qu'elle, je ne pense qu'à elle. Elle m'obnubile. J'ai pris la mouche. C'est complètement idiot, comme raisonnement, si c'en est un, de ne se préoccuper que d'une minuscule chose virevoltante à six pattes, alors que l'infini du reste du monde vous attend ! Cela me refait penser à Gargamel !!! Se focaliser comme ça sur un seul être. L'arbre à côté de la forêt !

 Donc cet insolent insecte - les personnes intelligentes décoderont- me porte sur les nerfs. Ses attitudes péremptoires d'intouchable petit être étrangement habile capable de me snober continuellement, commencent à bien copieusement me perturber, me déranger.

 Y aurait-il eu une dizaine de ses congénères, un envahissement ailé, je ne m'en serai pas affolé outre mesure. Un troupeau de mouches. Ca, c'est bien anarchique. C'est pas organisé. Ca me convient. Elles ne s'aligneraient pas comme des soldats en rangs serrés à me lorgner de leurs méga-yeux torves. Schtroumpfland ! (Qu'est-ce qu'il a contre les Schtroumpfs, ce Didier ?) mais une seule ! J'ai hérité de la mouche intégriste, terroriste, fichée au grand banditisme ! Et ça me fout les boules, les pépettes. Qu'est-ce qu'elle me veut ? Pourquoi moi ? Aurai-je une tronche de protestant Yankee ? je suis pas le World Trade Center, une cible potentielle, quand même ! Imaginez donc que je me fasse attaquer en même temps par 10 mouches transgéniques détournées, commandées par cette Ben Laden ailée ! Heureusement que j'ai le numéro de portable de José Bové. Mais quand même...

 J'ai peur.

 Quand j'arrive le matin, vers les 7h30, je ne sais pas où elle est. Hypothèse 1 : elle s'est tirée, trop cool ! Hypothèse 2 : elle est mourue ! OUAICH ! Hypothèse 3, la plus plausible : elle se cache et fait la grasse matinée, au pire, je la dérange... le comble... on croit rêver ! Plus on avance dans le temps, plus l'hypothèse 3 s'impose.

 Ca vit combien de temps, en moyenne, ces bestioles-là ? Vous les élèves de 6ème, demandes à votre prof de SVT. A la limite, il peut même venir dans ma classe faire des analyses, des photos. Genre :"Les Experts à Coty". Mais peut-être que la mienne est une mutante. Ou peut-être même que c'est pas une mouche du tout. je ne vois pas ce qui est le plus rassurant.

 Une Araignée. Hop ! Je te l'écrase. Scrouitchhhhh. Quoique j'aime pas faire ce genre d'euthanasie violente.

 Un papillon, je lui laisse faire son effet et à la limite ça décore. Le jour, ça ne vous enquiquine (sic) pas.

 Un escargot. Vous voulez rire ! Quoique, un mec qui est capable d'écraser ce genre de bestiole, il en a dans le gilet. J'oserai jamais faire ça, sauf sous la torture, ou dans Koh Lanta. Je le prendrai délicatement et hop ! dans l'herbe, mon bon monsieur. Même si tu reviens tous les jours. Même si chaque jour je te remets un peu plus loin. Même, si au bout d'un mois, je prends la voiture et que je te mette à 100 kms. Et que je t'attache à un arbre. Morveux !!! Eh ! Emeline, si votre prof de SVT, il a besoin d'un cloporte un peu collant, j'en ai un ! Il va le chercher, je l'ai attaché à un chêne dans la forêt de Fontainebleau !

 Mais revenons à notre problème number one. The Fly. Didier's fat fly. Dirty Flying. Fly War. Apocalypse fly. Scary fly. Merde merde merde. Oui, c'est une mouche à merde. Ne lui dites pas, ça pourrait très mal finir !

 Donc, vous n'êtes plus sans le savoir maintenant, je dis des grossièretés et j'ai peur.

 Et bingo, sur le coup de 10 heures, quand le soleil arrive tout frais d'une nouvelle journée qu'il inaugure et que surtout, je n'y pense plus, immergé par mes Lia, Océane, Melvyn et 22 autres poupons orphelins pendant six heures, qui bourdonnent autour de moi comme des... comme des... revoilà ma pensionnaire, toute ragaillardie de ses 12 heures de bienheureux sommeil. Elle se pointe et resquatte mon attention. Les loopings comme dans un meeting aérien. La toilette de la star mini-miss américa. Les "je te marche au plafond" comme dans les films de science fiction kitch japonais. Les je t'attaque obstinément par derrière comme dans Pearl Harbour.

 Il me faut un spécialiste ! Un tueur à gages : Travolta dans pulp fiction. Cruise dans MiIII. Blier dans les Tontons Flingueurs. Un bon quoi. je ne parle pas de Henri Fonda ou même de John Wayne.111 Et puis aussi, qu'il soit un peu subtil, à la Peter Sellers. Fin. Un connaisseur

 Le délire !

 Tout ça à cause d'une mouche ! Le Didier ! Il va pas bien !! Que vous vous dites. Ouaich, vous avez raison, il va pas bien, mais quand même. Mettez vous à ma place. Harcelé par un drone que vous ne pouvez pas attraper, un parasite qui vous observe. Le caillou dans la chaussure : vous avez beau être au sommet de l'Everest, ce grain de sable dans votre soulier qui parasite tout, votre bien-être, toute votre pensée, toute votre énergie. C'est épuisant à la longue.

 Vous avez, par exemple, un beau plafond, tout blanc, tout net, lavé avec Mir Laine, et toc ! vous ne voyez plus qu'elle. Le problème, c'est que si vous l'écrasez, vous n'avez plus qu'à le refaire, votre plafond, qui vous a déjà coûté bonbon. Criez!!! Allez-y criez!!! Une mouche, c'est sourd. Et si en plus, votre plafond est tout frais et qu' elle crève, les pattes collées, en bourdonnant des heures, son cadavre va rester là, comme un fantôme, toute votre vie. On ne refait pas son plafond tous les jours. Ni sa mémoire.

 En fait, cette mouche, elle n'a jamais existé que dans mon imagination. Cette mouche, je l'ai inventée. Elle n'existe pas. Personne ne peut la voir. Je l'ai appelée Odile, à cause d'un roman. J'aurais pu l'appeler..... mais ça..... .je n'ai pas la force de vous le dire..... ni même le droit. Les gens intelligents et qui me connaissent auront compris; Ce ne sont peut-être que des enfants mes anciens élèves qui auront plus ou moins saisi. Cest encore trop présent..... je vois son cadavre qui pend au plafond de ma mémoire. Vous, les adultes, qui avez assez souffert de cette vie, vous me comprenez. Mais eux... eux.... ils le ressentent plus que vous. Ils m'aident.

 Samedi, j"ai eu ma nuée de mouches. J'étais aux anges. Je n'ai plus peur. Ce si beau plafond, d'un blanc laiteux que le soleil vient ambrer , certains soirs de cet automne si particulier pour moi, il est foutu, mais je ne le referai jamais, jamais. Vous, les adultes, me lisez, mais c'est eux qui me comprennent.

 Je l'aimais, ma mouche...

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Saperlipopette 19/09/2006 11:58

J'ai bien aimé votre speech sur la mouche.... une histoire d'araignée au plafond.... une abeille qui bourdonne dans la tête.....
On se comprend....