Eric Chevillard est un styliste. Il est aux éditions de minuit. Ceci = cela. Mais le stylisme a ses bornes qui sont l'ennui qui s'insinue et s'installe. Vous êtes dans votre fauteuil à lire ce petit roman (?). Au départ, vous admirez. Ce mec est doué, c'est incontestable. Il écrit bien, un peu à l'école de Raymond Roussel. Vous avez bien aimé, et même plus, son dernier roman : Oreille rouge. Un thème et une exploitation jusqu'au boutiste. A la fin, il reste le trognon du thème et la trogne de l'Auteur. Mais là, il est descendu d'un cran, d'arrêt, l'auteur. Il laisse pisser son talent d'achille, l'auteur. Il se laisse aller au laisser aller, l'auteur. Bref, passé la première demi-heure d'extase, l'ennui s'immisce comme un bon coulis dans votre soif de nouveauté de lecteur. Chevillard prend un sujet comme une pierre brute et le façonne à la manière d'un diamantaire. Face par face. Et c'est lassant à regarder à la longue, à voir travailler, un diamentaire. On se fait vite chier.
Nisard est un piètre écrivain du XIX ème siècle auquel nous sommes chevillés plus de 150 pages. C'est une bête noire, un mauvais écrivassier, un notable balzacien. Ce que le XIX è siècle nous a laissé de plus lassant. Et notre Chevillard de se coltiner ce sparadrap dont il n'arrive pas à se débarrasser. Et nous non plus, du reste. Ce livre, je l'ai lu en entier dans l'espoir d'un basculement. Va-t-il finalement l'aimer ce piètre écrivain, ce bourgeoiseau terne et borné ?
Mais là non. Nizard reste Nisard. Chevillard reste Chevillard. C'est un Oreille rouge bis. La surprise est passée. Oreille rouge en Afrique, Nisard au XIXè siècle. On sent la recette et le transfert de savoir faire mal caché. Ecrire n'est pas que le talent.
Démolir chevillard ?
Dire dire.