Quelques énergumènes veulent se faire remarquer quand le Tour de France passe à portée de leurs exploits individuels. Qui court à coté des cyclistes dans un col affublé d’un drapeau ou de
sa nudité ; qui longe le peloton dans un champ sur une moto, à cheval, en quad, sur une autruche ou une chaise roulante électrique ; qui leur lancerait des boules de neige si c’était
possible, des confettis, des punaises, des injures….
Le Tour de France étant un symbole à roulettes du consensus social, il est de bon ton de s’y faire remarquer par moult excentricités qui disent l’anarchie individuelle tout en respectant
la caravane qui passe. Les chiens aux abois sont nos foutraques créatifs d’image perso, des avatars avortons aux élucubrations brillant de leur brièveté.
Donc notre mountain biker, de cette belle engeance de ceux qui survolent le peloton social décide, non de longer ou de perturber, mais de croiser le Tour sans le toucher, si ce n’est de
son ombre. C’est à peine si les coureurs se rendent compte qu’un Icare cycliste les a surplombés, l’espace d’une poussière de seconde.
Croiser le Tour ne se fait pas trop souvent : on ne brise pas un tel flux pédalant. Le croiser par au-dessus est donc assez surprenant, mais la belle chute qui s’ensuivit fut moins
grisante. Notre jeune téméraire mordit la poussière à l’atterrissage.
Il faudra essayer par d’autre moyens de biaiser le corps social ( j’ai dit biaiser) : saut à ski, trampoline, saut équestre, funambulisme, saut à moto, triple salto, partie de tennis
de chaque côté du bitume…On rêve tous un peu de croiser ce serpent multicolore sans y toucher, simplement pour se faire voir : se hisser au-dessus de ce que tout le monde regarde. Maîtriser
la brièveté d’un coïtus interruptus qui restera dans les annales. Effet très flagrant de l’individu, mais d’un anonymat parfait. Restez anonymes, montrez-vous. Vous avez plus d’un Tour dans
votre sac. Réessayez….
Dire dire.