Je vais passer un scanner, je vais avoir une image de moi en couleurs, si je considère mon cerveau comme moi. Les spécialistes vont me lire, décrypter l’affectif, sonder les territoires de l’inconscient, palper mes mémoires, analyser mes transactions neuronales. Il faudrait que je passe un scanner en permanence, comme un film : je soupçonne mon cerveau d’être scénarisé car il me met en scène. Il se prétend MOI-JE alors qu’il n’est que le poste de pilotage prétendu, le scénariste raté de mes vies. Donc, monsieur mon cerveau, vous allez être photographié comme un vulgaire squelette ou un rogaton intestinal. Monsieur le metteur en scène, vous allez passer des Cahiers de l’Herne au Quotidien du médecin. Monsieur le labyrinthe gris aux limbes entremêlées, vous allez subir une warholisation des plus fluo. Un paint-ball cérébral. Une cartographie ubuesque. Une recoloration panoptique.
Je vais passer des batteries de tests psychologiques et ressortir en nuages tendanciels et graphiques normatifs. Une lapidation de questions. Voir ce que je suis, voir ce que je vaux, voir aussi ce que je ne suis pas ou ne veux pas être ou me refuse à être…. Je me soupçonne de vouloir frimer à ces questions, me mettre en valeur afin de mieux me cacher. Dire. Dire. Dire. Flairer les incomplétudes, les incompétences, contourner les pièges. Monsieur mon moi va être catalogué, classé, statistiqué, désémotivisé….Un quadrillage complexe de tableaux et de métalangages, chiffrés, connotés. Je vais devenir un palimpseste statistique. Un héros in.
Je vais parler, couché sur un divan, ressasser mes flots de souvenirs saumâtres, mes rancoeurs, manques à être, jalousies, regrets, malaises, failles, écrans de fumée, foire aux riens qui me constituent. Vide gros niais. Dans l’espoir que l’on me lise, comme ce texte, en un sens qui serait univoque et clair de complexes et de castration. Je veux me connaître, mettre aux jours mes traquenards inconscients pour vivre mieux. Me dire, c’est médire.
Je me constitue en imagerie médicale, en tableaux et nuages psychologiques, en discours tissé de lapsus et de sous-entendus, en choses plus ou moins écrites sur un blog, en traces de mémoire sur les autres, sympathique, antipathique, con ,intelligent, en fonction des histoires et des situations.
On va dire que je suis un chaînon de l’évolution humaine, un produit de mon époque, un fruit de ma génétique, un organisme mammifère, un enseignant moyen, un petit bourgeois, un timoré, un hypermétrope, un vélléitaire de tout et de la vie, surtout, car il n’y a que ça.
Ce texte va entrer quelque part dans votre cerveau…je vous passe la balle…
Dire dire.