C'est commme une grande pièce qui, au départ, serait vide. Quelques meubles insignifiants, une fenêtre au fond. Une porte en haut, une autre à gauche. Un lit au premier plan. D'obscurs personnages vont y éxécuter leur ballet, y dérouler un sample de leur quotidien. Pas un mot ne sera prononcé : personne ne cherche à communiquer. Chacun est à son affaire. L'harmonie préétablie gère tout. L'unité de lieu et de temps cadre ce tango, cette minutieuse élaboration de nos indifférents chemins. Tout se passe, tout se répète. Aucun accident ne survient qui ferait se rencontrer deux destins. Cette pièce est à la fois ouverte et fermée. Nous la scrutons, telle une maison de poupée, un musée des automates. Rien ne se passe d'autre que ce qui se donne à voir en un synoptique et contemporain spectacle d'indifférences. Tout sera tout le temps pareil, les déambulations, les bouts de vies entrecroisés que l'on voit des autres. Ce sempiternel surgissement et effacement de segments répétitifs d'actions, c'est ce que nous percevons en cette pièce où cohabitent toutes les générations, si habilement étanches, si banalement solitaires. Personne ne voit personne. Nous voyons tout mais que par brefs épisodes : des samples. Le hors champ s'articule aux battements de ces portes, au surgissement de la lumière par la fenêtre. En fait, nous listons toute vie en ces multiples personnages, du bébé au vieillard. Mille présents, une autoroute saturée d'êtres, une ruche insensée : un no man's island. C'est effrayant, cette vision du monde. De nous. De nosirréprochables quotidiennetés. Nous vivons un même espace : une pièce et c'est une tragédie. Nos mille vies tissent un beau désert d'indifférence, nos mille intentions : changer une ampoule, récupérer un ballon,changer un bébé, s'accoupler, faire une sieste... Mais quoi de mieux ? Quoi ?
L'illusion que nous avons compris...






Dire dire.