Un tuyau transparent dans lequel on injecte de différentes façons de liquides colorés. Continu, discontinu, ralenti ou accéléré, le résultat est
fascinant.
"Not for money, not for audience. For myself."
C'est bien trouvé ce titre (pas de moi !) "Sand Dancer", par glissement du sens. C'est vrai que si c'est le résultat qui importe, la façon d'y arriver, c'est sa vie, c'est notre vie. Comme disait
Balavoine (hé oui !) "Aimer, plus fort que d'être aimé.".
Ce type se fout du reste du monde : il crée ce qu'il lui plaît comme un jardinier japonais ou ces prêtres chinois qui peignent leurs idéogrammes avec de l'eau sur le sol et qui s'effacent au fure
et à mesure qu'ils sont tracés.
Le geste, c'est l'être. Le devenir, c'est l'être. ici : une leçon de vie, de danse. Un apprentissage de l'éphémère légèreté de l'être.
Ce type n'a pas attendu la large diffusion de You Tube pour réaliser ses chefs d'œuvre de sable.
Et cette mer qui vient manger ce moment ! Quelle image !
Ce qui reste de l'art, c'est ce dont on se rappelle. Pour moi, pour lui, ce qui est gravé dans le sable de ma mémoire, cette leçon de danse désintéressée est sans doute plus solide que beaucoup
d'œuvres dites d'art.
Le collectif Improve Everywhere (rappelez-vous le freeze de Grand Central) a encore sévi,
si l'on peut dire ainsi.
Quelques pancartes dans un escalator et Rob "Give me five" fait sourire tout le monde. Tout ce monde-là, taciturement quotidien qui moutonne sous le sol des villes comme des poussières sous un lit
(P... de comparaison) va être diverti. Un simple sourire va fendre leur journée. Ce micro événement va marquer leur quotidien d'une pierre blanche.
C'est tout simple : quatre cartons, un mec jovial... et hop !
Et tout est toujours comme ça, tout simple. C'est ce qui déconcerte dans l'art : c'est qu'il suffisait d'y penser et qu'on est souvent trop cons pour ne pas y avoir pensé avant.
Et il faut quand même oser : sourire.
Alors que certains les démontent, d'autres les inondent. Flooded McDonald's is a film work in which a convincing life-size replica of the interior of a McDonald's burger bar, without any customers or staff present, gradually floods with
water. Furniture is lifted up by the water, trays of food and drinks start to float around, electrics short circuit and eventually the space becomes completely submerged.
Le gars découpe et recompose, saucissonne les pubs dans le métro. Visage caché, armé de son cutter, il évide des affiches pour recomposer un détournement d'image
ou de texte à un autre endroit. Il se nomme Poster Boy, comme Wonder Boy, et il sévit comme un graffiteur hors la loi pour détourner le métro avec ses affiches désespérément clonées. C'est vrai
que c'est déprimant, de station en station, de retrouver les mêmes pubs ; ça en devient saumâtre, souvent. A moins, et c'est l'exception, d'une affiche marrante que de station en station on
explore fugacement, et qu'on retrouve avec un plaisir neuf, à la station suivante (quelle déception quand elle n'y est pas ou s'y trouve cachée ou dégradée). Donc, la perversion de ces pubs
monotones comme un art, une performance. Le type avance masqué. C'est illégal d'arracher les affiches, comme cela. C'est légal de nous les faire supporter à longueur de temps, par contre. Il
découpe, ponctionne, métonymise, scalpélise, opère pour recomposer une œuvre unique. C'est de l'art éphémère qui, hors de son contexte sous terrain, devient incompréhensible. La perversion ne
peut s'exporter. C'est vrai que voir des artistes détourneurs du réel exposés dans des musées semble factice et vain. C'est vrai que, par hasard, trouver un de ces détournements humoristiquement
poétiques est un de ces petits plaisirs insolites de la vie quotidienne qui met un peu d'originalité dans la banalisé grisâtre. Du rose sur du grisonnant. Il faudrait pouvoir détourner les œuvres
d'art dans les musées : découper la Joconde, graffiter la chambre de Van Gogh. Nan, nan, ce que je dis est con. On ne peut détourner sainement que le multiple pour en faire de l'unique. Car
ce sans doute ce qui est unique au monde, le « une seule fois », le « ici et maintenant et puis plus jamais », l'art, en somme, qui nous aide à vivre cette multiplicité de
jours sans fin.
Colours de Charlie Mac Carthy, sur une musique de Cinématic Orchestra (vu sur Fubiz) Un clip coloré et dégoulinant de peintures qui s'écoulent pâteusement dans une indolente glucosité. Notre cerveau reptilien est en éveil, celui d'avant
l'intelligence et qui est toujours là à réagir. Notre cerveau reptilien est cette partie de nous qui se fascine, parce qu'avant d'être ce que nous sommes, là, à regarder cette vidéo et lire ce
texte, nous n'étions que ça : un vague désir de s'immoler dans la matière colorée, de se fondre dans l'être à s'en recouvrir le corps entier, disparaître. Puis, petit à petit, l'intelligence,
nous distançant, nous a fait manipuler la chose pour en devenir maître. Maître mais lointain. Irrémédiablement (diablement) lointain. Lointain, aussi bien de ce que nous fûmes tout petits que de
notre environnement sans formes définies autres que ces volutes de couleur. bref, tout ça c'était avant que le langage ne nous constitue, reléguant tout le reste aux frontières englouties de
notre être au monde. Alors, ne boudons pas nos sensations. Et si vous jubilez en dévorant des yeux cette vidéo, c'est que votre intelligence si totalitaire d'habitude, a laissé une faille à cet
endroit-là qu'est la mémoire, de celle, à jamais claire et définie, des premières sensations. cette vidéo est donc sensationnelle.
Blu ( Muto , Evolution of
men )est célèbre pour ses fresques animées sur les murs. Ce genre de performance ne vaut que par sa mise en boite vidéo au format YouTube, c'est-à-dire, moins d'une minute, sous peine de
lasser le zappeur de fond derrière son ordi. Le frénétisme compulsif de ce dernier est inversement proportionnel au temps réalisé à concevoir, mettre en place, monter la performance
artistique.
Mais quand on y réfléchit bien, nous zappons sans cesse l'art : nous passons de livre en livre, de toile et toile, de film en film, de musique en musique en
un émiettement continuel que jamais rien n'assouvit. Nous sommes des spécialistes de notre propre désir culturel infini. Les Youtuberies sont le maillon ultime d'insatiables voyeurs,
consommateurs à jamais insatisfaits de ce qu'on appelle l'art.
Donc, la dernière frasque en date de Blu est cette gigantesque fresque que vous voyez ici en Time Lapse, comme une lecture sommaire, en diagonale qui traduit
notre obsessive propension à gagner du temps. gagner du temps, pour engranger de l'inutile futile, gagner du temps pour tromper l'ennemi nommé ennui, gagner du temps pour voir ailleurs, toujours
et encore
Et voilà ce que vous êtes devenu, à force. Cette fresque géante, parce qu'il faut vous attirer vers l'étonnement du savoir faire en oeuvre, c'est vous, pieds
et mains liés à votre propre désir de fuir l'inanité du monde en consommant de l'art, comme le feu de l'oxygène...
Un type tripote des escaliers Eischer en carton, les fait tournicoter dans ses mains. De là, sifflotant, des petits crobars emoustillent l'espace virtuel. C'est égayant comme des papillons
voletant sans heurt atour des lumières.
C'est court aussi. Un brin frustrant ça.
On va faire court alors.
Et, pendant qu'on baigne dans la couleur, une autre réalisation qui va vous sauter aux yeux.
Ne mettez pas de lunettes 3D. Pas la peine.
Ce type est un magicien du jaillissement, du débordement.
Et puis, j'ai dit que j'allais faire court, on fera une thèse sur lui plus tard.
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