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Hollande et les trésors syriens

Au Louvre-Lens, François Hollande a inauguré l'exposition "L'histoire commence en Mésopotamie". Il a déclaré que Liévin pourrait accueillir le patrimoine menacé en Syrie et Irak.

Le point de vue assez twittèrement idiot de Maître Eolas. On dira populiste ? Le racolage de Twitter, pour avoir une notoriété fulgurante et une masse de retweets est souvent de cet acabit là, irréfléchi, sophistique et finissant dans les bacs d'un Hollande bashing de mode et souvent trop facile, adorant les raccourcis éhontés et autres ellipses discursives dignes d'une plaidoirie.

Hollande et les trésors syriens

Voici une autre réaction plus nuancée et surtout plus étayée et rationnelle de Milady de Sumer, doctorante à l'école du Louvre. (Ha ! oui, voyez : 9 retweets contre 2 600 pour Maître Eolas. No comment)

Déroulé des tweets suivants (que je me permets de retranscrire) :

Il est évidemment difficile de ne pas faire le parallèle entre la protection du patrimoine et la gestion de la crise des réfugiés en France. Situation qui donne lieu à un débat très polarisé et des actions parfois choquantes à mon sens (affaire des affiches de Béziers par exemple). Évidemment plusieurs personnes expriment leur colère en opposant le cas des réfugiés à celui des œuvres d'art qui seraient "mieux traitées". Cette question, nous l'évoquons fréquemment entre spécialistes du patrimoine oriental et elle n'est pas facile. De fait, je n'ai ni les connaissances ni les compétences pour discuter de ce parallèle entre "accueil" des œuvres et des réfugiés en France. En revanche je peux vous proposer quelques informations et précisions sur les œuvres dont on parle et leur statut pour affiner/nuancer ces réactions. Je parle ici en tant que doctorante spécialiste d'art mésopotamien, très attachée à ce patrimoine et ses collections (en France ou ailleurs).

Certains réagissent à cela en parlant d'appropriation du patrimoine syrien et irakien et dénoncent une volonté de spoliation ("butin de guerre") Il n'est pas pertinent de parler de spoliation, de butin de guerre ou de vol dans le cas présent. La circulation des biens culturels ...fait l'objet de plusieurs conventions ratifiées par la France lui interdisant de s'approprier illicitement le patrimoine d'un autre pays. D'autre part dans la loi française les musées sont évidemment tenus d'acquérir des biens dont les titres de propriété sont en règle. Le Conseil international des musées incite aussi à faire preuve de diligence (bien vérifier l'origine du bien = déontologie). L'appropriation par les musées, c'est-à-dire l'acquisition d'œuvres d'art, est donc en France soumise à un contrôle légal et scientifique. En clair: un musée français refusera l'acquisition de tout bien culturel inscrit sur l'inventaire d'un musée irakien ou syrien (ou autre); Il refusera aussi l'acquisition de tout bien illégalement sorti du pays (après pillage archéologique par exemple). De plus il aura l'obligation morale de signaler la présence d'un tel bien et de s'assurer qu'il est effectivement restitué à son propriétaire légal. Toutefois dans le contexte actuel le patrimoine irakien et syrien souffre de dommages et surtout d'un pillage à grande échelle. On médiatise en effet beaucoup les destructions (pas simplement dues à Daech mais aussi causées par les affrontements, l'occupation militaire, etc.) ... mais le pillage est une forme de destruction plus répandue dont on parle moins. Des objets pillés arrivent sur le marché européen.

La Mésopotamie étant un vaste ensemble culturel, on retrouve des objets au style similaire à la fois en Irak et en Syrie (et même en Iran). Les démarches pour identifier le propriétaire légal des objets peuvent prendre du temps. Il faut donc leur assurer de bonnes conditions de garde.  La loi LCAP 2016 répond en partie à ce problème: des musées français pourraient se charger de la garde de ces objets en attendant leur restitution et assurer de bonnes conditions de conservation le temps de trouver leur propriétaire légitime (article 56 de cette loi). La loi précise aussi qu'en cas de grave danger sur le patrimoine, SI (et seulement SI) l'État propriétaire en fait la demande, alors l'État français peut mettre à disposition des lieux pour recevoir ces biens temporairement. À la demande du détenteur légitime. Il ne s'agit donc en aucun cas de spoliations mais de mesures de coopération entre États, indispensables à l'heure actuelle.

(...)

J'insiste enfin sur le fait que l'on n'a pas à"choisir" entre humains et patrimoine mais qu'on peut entreprendre la protection des deux si possible. Le patrimoine est essentiel pour l'identité des peuples et des individus, il est donc nécessaire de désigner des gens capables de s'en occuper. Nous, doctorants, spécialistes de Mésopotamie, gens de musées ou d'université, nous ne sommes pas très compétents sur la question humaine. En revanche ns sommes formés pour réfléchir et proposer des solutions en ce qui concerne le patrimoine, c'est là que nous pouvons être utiles. Chacun apporte sa pierre à l'édifice, dans la mesure de ses moyens. Au-delà du traitement médiatique qui en est fait il me parait donc rapide et simpliste d'opposer accueil des réfugiés et sauvegarde du patrimoine

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