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vincentdidier

Témoignage d'un enfant d'une cité

J'ai trouvé ce texte sur Reddit France. Il y a un fil avec des questions/réponses assez intéressant. Je le copie/colle ici sans corrections.

"Je veux tout de suite couper toute ambiguïté : je suis français, arabe, trentenaire, grandi en cité où j’habite encore aujourd’hui -Seine-Saint-Denis, et athée.

Le choix respectif de chaque dénomination est voulu et assumé.

Je ne suis pas censé m’inquiéter de la façon dont je me présente, pas plus que je suis censé devoir m’exprimer. Déformation culturelle : à mieux profite celui qui parle le moins.

Parler de religion pour parler de la façon dont j’ai grandi est promptement stupide. J’ai grandi dans une cité de drogués : au Bois l’Abbée, à Champigny-Sur-Marne. Je sais que je ne me trompe pas sur cette idée. J’ai eu treize ans et tapé sévèrement des enfants de sept parce qu’ils s’approchaient trop près d’un spot (lieu-dit EDF) où l’on passait notre temps à renverser les seringues usagées dans une encablure forcée de ventilation. Je ne regrette aucun des coups donnés. Il m’est d’ailleurs déjà arrivé de devoir expliquer à des “plus grands” pourquoi le petit s’en était pris une bonne, sans jamais aucune conséquence.

J’ai grandi dans une cité sans nationalité, bâtie par des travailleurs Portuguais qui vivaient en bidonvilles dans la basse partie de la ville. Un endroit, au début des années 60 à été convenu, et à regarder les cartes d’époques, la décision politique la plus correcte a été d’autoriser ce chantier dans la partie de la ville la plus reculée. La plus loin possible de tout ce qui est possible de faire dans la ville. Je ne parle pas d’une cité faite de quelques barres. Je parle d’un village, d’une ville dans la ville. Si tu veux faire le tour du Bois L’Abbée à bon trot, il te faut un minimum de souffle. Mairie annexe, collèges, commissariat, Georges Marché, sort ta calculette.

Je suis arrivé dans ce quartier à neuf ans, pile poil avant les accords de Maastrich. J’ai joué défenseur aux Portugais de Champigny. Mon frère était bien meilleur que moi, il a joué aux Lusitanos de Saint-Maur. Y’avait pas mal de clubs à l’époque : les Portugais, les Lusitanos (de Champigny), le Red Star (de Champigny), et l’ASSOMBA, le club des Antillais. En 90, les Portugais, c’était déjà un club d’arabe.

On rigole, on rigole, mais j’ai passé un temps excellent. Il y’avait de toutes les ethnies, et de partout. Mes potes les plus français n’étaient ni meilleurs ni pires. Comme dans chaque groupe, on voyait jamais la majorité, et du reste, certains étaient super, d’autres pourris. A l’école, c’était une vision.

Je ne veux pas ramener cette expérience à moi-même, mais je ne peux pas continuer sans en parler : dans un quartier faits de gens qui composent, j’avais cette réputation d’être en galère. J’ai passé quatre ans dans un cagibi, à manger des biscuits secs au reveil et un verre de thé froid et une miche de pain d’hier pour déjeuner. Je suis pas débile, mais si tu ne l’es pas non plus, tu peux peut-être imaginer ce que j’ai fait pour manger.

L’un des trucs les plus importants que je veux expliquer au sujet des cités que personne ne comprend, c’est que les cités ne sont pas si homogènes qu’on le croit. Cette expérience dans le 94 fait de moi qqun qui comprend la mentalité des cité du 94. Dans le 93 c’est pas pareil. 92 non plus, 78 encore moins.

Quand j’allais au bled à 16 ans, je voyais des rebeus du 78 et moi et eux on était pas pareils. Un truc que toi tu sais pas en me lisant, parce que tu connais rien aux cités, c’est que le 78 ils géraient le semi-gros de toute la conso d’haschish en ïle de france. Parce que les partenaires de ventes venaient souvent du nord à l’époque : Pays-Bas - Belgique - Nord - 78. C’était une vraie route. Et bcp de liens j’imagine existent encore de nos jours, avec les turcs sur les grandes routes de la drogue à l’échelle européenne. Un dealer rebeu du 78 en 1993 il roulait en décapotable. Un rebeu du 93, il allait tagger le nom de son ami imaginaire dans le métro.

J’imagine que ce que je veux expliquer, c’est que les banlieues n’étaient pas du tout homogènes. Un mec du 94 c pas comme un mec du 95 : moi je le vois encore et le je sens. Pour les portos y’avait un grand 94 rouge, très coco, auquel moi aussi j’adhérais. Si tu veux voir une banlieue rouge en 2016, va falloir te gratter très fort. Tout les gens qui ont un minimum de thunes achètent des apparts à la courneuve ces temps ci.

J’aurais trop de choses dont de je veux parler : le syndrôme de la Valise de mon père : ces vieux darons qui se sont mythonnés qu’ils allaient retourner au bled un jour.

J’aime pas parler de cité avec les gens. La plupart ils savent même pas de quoi ils parlent. Ce sont juste des abrutis, ils croient savoir des choses des gens qu’ils s’imaginent. L’avantage c’est que j’habite toujours en cité : on me dit bonjour, au revoir, et on me tiens la porte. C’est vrai que la plupart sont des crétins, ils n’ont aucune éducation, et je sais de première main que c’est une génération sacrifiée. Mais je suis français, et il existe un pacte français, c’est qu’on est tous français, idéalement, inscriptible dans le système. Et il faut TRAVAILLER en ce sens.

D’autres vont rester sur le carreau. Mais la France c’est mon pays, personne ne m'enlèvera ça. J’ai rencontré une jeune fille qui m’a dit y’a pas longtemps : “si ça part en couille ici tu pourra repartir dans ton pays”. Jamais ne me suis senti plus insulté. Je suis déjà dans mon pays. Long live 93."

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