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Le tirage exceptionnel de Charlie Hebdo

source - Libé

Jamais on n'aura vu autant de monde faire la queue chez les marchands de journaux pour acheter cet objet de désir, ce gnomon fétichiste historial, cette pierre tombale de papier. Hormis les journaux de télévision (TV magazine frise régulièrement les 5 millions d'exemplaires) ce tirage est hors du commun. Le petit journal satirique, héritier des anars potaches de l'après 68 avec un humour corrosif très spécifique et connoté athée se vendait à un ou deux exemplaires par kiosque. Entre 30 000 et 60 000 exemplaires s'écoulaient ainsi à des hippies reconvertis, des nostalgiques de Cavanna, du Professeur Choron, de Reiser, à des bobos marginaux aux rêves d'ados pas encore éteints. On est passé de la confidentialité de niche à une hyper exposition mondialisée. Charlie est devenu une icône, un emblème. Cet humour extrême et si peu partagé est devenu un bien commun. C'est paradoxal d'incarner si peu de monde et d'être défendu par tant. Les commentateurs n'ont de cesse de gloser sur ce phénomène assez lourdement manichéen d'adhésion ou de répulsion un poil clivant, cet oxymoron (le deuil de quelque chose à laquelle on était unanimement indifférent, voire pour certains déjà, hostiles). Pour attiser autant, il s'agit donc d'un symbole, la représentation fétichée de quelque chose d'absent, comme une peur du vide qu'il faut oblitérer à tout prix, toute part donnée, d'un objet. Symbole aussi innervant pour la société française que peut l'être quelque prophète pour ces croyants voulant l'extirper de toute représentation.

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