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Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?

Oui alors il y a eu cette affaire des tweets sur Hugo, tout cet étalage d'inculture et de grossièreté qui ne se lit qu'avec ce même décodeur du sarcasme endémique(au réseaux sociaux de l'adosphère). C'est certain qu'arriver de plain-pied dans un tel texte y demande une certaine habitude de la culture du XIXème, de la littérature et de la poésie romantique. La marche, pour beaucoup, est haute, infranchissable. On a souvenir de Sarkozy pérorant son inculture crasse à propos de la Princesse de Clèves. Son sarcasme rigolard fut du même acabit que tous ces "FDP" hugophobes. De la même veine.

Une certaine culture classique disparaît peu à peu sous le sable envahissant du second degré (plus ou moins) amusé. Hugo devient aussi illisible que Ronsard, ou Montaigne. L'an prochain ce sera au tour de Musset ou de Rimbaud de tomber dans l'arène de l'insulte facile et du jeu de mots tièdasse mais que se partage.

Un bien, un mal ? Ce langage écrit qui constitue la culture classique devient, par ces mille risées, lettre morte.

Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?

Crépuscule

L'étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
Frisonne; au fond du bois la clairière apparaît ;
Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?

Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
Vous qui passez dans l'ombre, êtes-vous des amants ?
Les sentiers bruns sont pleins de blanches mousselines;
L'herbe s'éveille et parle aux sépulcres dormants.

Que dit-il, le brin d'herbe ? et que répond la tombe ?
Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
Lèvre, cherche la bouche ! aimez-vous ! la nuit tombe;
Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.

Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez ! faites envie,
O couples qui passez sous le vert coudrier.
Tout ce que dans la tombe, en sortant de la vie,
On emporta d'amour, on l'emploie à prier.

Les mortes d'aujourd'hui furent jadis les belles.
Le ver luisant dans l'ombre erre avec son flambeau.
Le vent fait tressaillir, au milieu des javelles,
Le brin d'herbe, et Dieu fait tressaillir le tombeau.

La forme d'un toit noir dessine une chaumière;
On entend dans les prés le pas lourd du faucheur;
L'étoile aux cieux, ainsi qu'une fleur de lumière,
Ouvre et fait rayonner sa splendide fraîcheur.

Aimez-vous ! c'est le mois où les fraises sont mûres.
L'ange du soir rêveur, qui flotte dans les vents,
Mêle, en les emportant sur ses ailes obscures,
Les prières des morts aux baisers des vivants.

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