Film néo culte (ça veut dire qu'on pense qu'il le sera) avec toute la violence rentrée de notre époque mortifère qui se
flagelle et se culpabilise à coup de dettes non remboursées. Tout en retenue - d'argent - et en agressions si fortes qu'elles sont invisibles. Ce tribute reflète bien l'esprit minimal, spartiate,
avaricieux et revêche. Régressif à tel point que ça en devient un plaisir sadique et morbide de différer la douleur dans une mise en scène léchée et cadenassée.
Un conseil, coupez cette bande son et mettez en même temps le titre, lui aussi culte, de Kavinski.
Musique "It's raining today" de Scott Walker ( titre original)
Belle chanson de crooner avec cette vidéo en oxymoron de ces personnages étranges en pâte à modeler qui mettent mal à l'aise. Englués, empêtrés,
zombies blanchâtres et lents qui ne font qu'être là en une danse gélifiée et nauséeuse. Cette statuaire molle nous inquiète, nous intrigue. La profondeur étrange que donne cette chanson envoûte
aussi. Nous sommes tiraillés entre attirance et répulsion, bizarre attirance et familière répulsion. L'art contemporain se duffuse dans cet espace de l'incongruité maîtrisée, du décalage, du jeu
déréglé. Il se diffuse dans l'écartèlement des réactions ou leur succession, du rejet à l'acceptation en passant par l'incompréhension. Toute captation de ce genre d'œuvre est un processus
subjectif qui, même s'il échoue, est un curseur de l'histoire de l'art ou de sa propre histoire.
Amy Shackleton est une canadienne qui travaille sans pinceau. cette vidéo accélérée 800 fois montre sa façon de travailler par la rotation de ses
toiles.
Dépassée la Post-it War, cette fumeuse battle d'"employés" narguant les gens qui sont au chômage. Politiquement incorrect. D'avoir de temps de
décorer un immeuble d'éphémères frivolités de papier laissait bien augurer du temps libre, plus qu'intersticiel, de nos sociétés dites en crise. Le m'as tu vu éloquent d'un tel procédé, digne
d'une bulle pompier, a fait florès. Non, mais...la tête de l'art ! Une vidéo projection de papier, vite fanée, comme une (contre) performance au travail à l'instar de ces maisons lumineuses
qui intriguent le paysage vers Noël. Donc les Post it dénotent, c'est leur rôle. Collants, mais pas trop. Visibles, mais pas trop non plus. Le monde de mémo. Dont la Post it War fut l'emblème
notable.
Les intellos rigolos de L'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs fourbissent ici une danse sémillante, un faux mapping de petites vignettes
virevoltantes. C'est à la fois prise de tête et attirant. Mais surtout, ça manque de musique. Ou bien est-ce fait exprès afin que la concentration ne dépérisse pas sous le coup de l'audition :
Ulysse se bouchant des oreilles au chant des sirènes. (Vous aviez dit pompier ?)
Une performance qui utilise des rouleaux de scotch pendus. Ils sé déroulent avec un bruit râpeux. Quand il y en a un ça va, c'est
quand il y en a plusieurs que s'installe la fascination. On est scotchés à ces déroulements déroutants. L'art contemporain déniaise l'objet anodin pour lui extirper une irréalité mouvante. Cette
chorégraphie de chuintements et de chutes molles intrigue.
Je suis un flah mob à moi tout seul, je m'fends la gueule. L'idée est de réitérer des photos de mode au milieu de la foule.
Sidewalk sories. Hitchkock avait déjà montré que la seule personne que le regard distingue dans une foule, c'est celle qui est immobile. Jeu de la statue, donc. On ne remarque qu'elle avec ses
poses alambiquées. C'est du street art machiavélique. On aime/on n'aime pas. C'est tranché. La performance se situe sans doute juste là, au point de rencontre de cette acceptation et de ce rejet.
Si c'est excentrique, le passant refuse, appelle la police. Si c'est une mise en scène artistique, on juge avec bienveillance. L'art contemporain avance sur un fil au dessus du manque de
compréhension. S'il est compris, il devient de l'art mais perd toute subversion. S'il est incompris, il touche à la folie, à l'absence d'œuvre comme disait Foucault. C'est hégélien, ce mouvement.
Tout en ne l'étant pas, car la synthèse ne se trouvera jamais.
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